Ce que le nouveau Pdt de la Banque mondiale devrait faire… et ne pas faire [Opinion du Contributeur]

En réponse aux critiques croissantes relatives à sa légitimité, l’institution internationale doit reprendre le leadership sur la lutte contre le réchauffement climatique, et jouer la transparence au sujet de l’impact de ses prêts.

Ajay Banga

La Banque mondiale élira bientôt un nouveau président. Un poste qui devrait revenir au candidat des États-Unis, Ajay Banga, un dirigeant de renom dans le secteur financier. S’il est effectivement élu, ce dernier aura une tâche difficile. Il n’est en effet un secret pour personne que l’institution internationale traverse une mauvaise passe après la gaffe climatique du président sortant, David Malpass.

Cela étant, l’érosion graduelle mais bien réelle de la pertinence de la Banque mondiale est beaucoup plus profonde, touchant également d’autres banques multilatérales et régionales de développement. D’une part, le volume des prêts consentis par ces institutions par rapport aux flux de capitaux privés est plus faible aujourd’hui qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lors de la création de l’institution.

D’autre part, alors que son premier prêt a été accordé en 1947 à la France à des fins de reconstruction, son mandat a depuis beaucoup évolué pour se recentrer sur la réduction de la pauvreté. Récemment, des appels ont aussi été lancés pour qu’elle se mobilise davantage sur les questions climatiques.

Dans ce contexte et alors que la légitimité de l’institution, considérée comme dominée par l’Occident, est de plus en plus contestée, les voix se multiplient pour appeler la Banque à augmenter sa capacité de prêt. C’est en effet ce qu’elle doit faire tout en veillant à rester en tête du peloton en matière d’idées et d’exécution de ces financements. Pour réussir ce défi, Ajay Banga doit se positionner sur trois points critiques.

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Premièrement, le nouveau président ne devrait pas procéder à une énième réorganisation de l’institution. Les expériences passées se sont étirées dans le temps et ont miné le moral du personnel avant d’être finalement annulées. C’est notamment ce qui s’est produit lors de la dernière grande réorganisation menée par la présidence de Jim Yong Kim (2012-2019).

Les nouveaux départements transversaux mis en place, appelés global practices et largement inspirés de la structure des cabinets de conseil mondiaux, ont polarisé la gouvernance comme les personnels de l’institution, finissant par disparaître quelques années plus tard.

Renoncer à une réorganisation n’empêche toutefois pas de construire une nouvelle équipe de direction, composée d’éléments internes comme de nouveaux venus, capables de remonter le moral des troupes et de donner un nouvel élan à la Banque. C’est bien cette voie qu’il convient de choisir.

Deuxièmement, le nouveau patron devrait raviver le leadership de la Banque mondiale sur deux thèmes clés, la réduction de la pauvreté et les questions climatiques. Avec plus de 15 000 employés, dont la majorité travaille à distance du siège au sein de bureaux extérieurs, l’institution doit trouver le juste équilibre entre idées et opérations.

Ces derniers temps, la banque, comme d’autres institutions de développement, a eu tendance à mettre l’accent sur le volume des prêts au détriment de leur mise en œuvre, car on connaît l’importance du décalage entre les montants annoncés et ceux réellement déboursés.

C’est en partie ce qui explique que l’institution a été critiquée pour avoir fait peu de choses sur le climat et avoir déployé une réponse trop modérée face au Covid-19.

Il faut corriger le tir en pariant sur le leadership intellectuel. Disposant d’un réservoir de collaborateurs talentueux, la Banque mondiale doit s’affirmer comme une banque des idées, en particulier sur les solutions permettant d’anticiper la réponse au changement climatique et sur la façon de catalyser les investissements du secteur privé. Ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra influencer les autres banques de développement qui la sollicitent.

Troisièmement, le futur chef de l’institution devrait montrer la voie sur la transparence concernant la mesure de l’impact des prêts. Si la banque a fait des progrès en matière de divulgation des informations, y compris sur les contrats liés aux prêts, elle peine à rendre intelligible cette avalanche de données : nombre de résultats demeurent incomplets en raison de l’absence d’une approche cohérente sur la mesure de l’impact.

Or, dans un monde où la désinformation se propage facilement et où la géopolitique évolue, la banque devrait montrer au monde qu’elle dépense l’argent des contribuables avec le plus d’effet possible. Non seulement cela encouragerait les financeurs à poursuivre leurs efforts mais, en plus, cela catalyserait le changement de pratiques dans d’autres institutions de développement. Lancer cette « révolution de la transparence » sur l’impact est le moyen pour la Banque mondiale de regagner la confiance de toutes les parties prenantes.

Par Rabah Arezki

Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au sein du Centre d'études et de recherches sur le développement international (Cerdi).

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