Découverte : Aux origines et philosophie Rastafari !

Mouvement culturel, le rastafari demeure une énigme tant sa concrétisation et les valeurs qu’il véhicule interrogent et surprennent. Éclaircissements sur un phénomène aux apparences folkloriques mais aux fondements spirituels et politiques bien réels et, par-dessus tout, actuels.

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  • Origine du mot Rasta

Le nom du mouvement rastafari vient d’un nom propre, celui du Ras (« chef » en amharique, la langue éthiopienne) Tafari, nom du futur empereur d’Éthiopie couronné sous le titre d’Haïlé Sélassié. Le mouvement rastafari est apparu dans les années 30 en Jamaïque. Il résulte des mouvements éthiopisantes, nés au XVIIIe siècle dans les colonies britanniques et en particulier aux États-Unis et en Jamaïque, par suite d’une interprétation de la King James Bible des anglicans.

  • Des origines bibliques méconnues

Le mouvement puise ses sources dans la Bible, dont le message est réinterprété comme s’adressant spécifiquement aux descendants des esclaves noirs, dont la déportation est assimilée à celle des juifs à Babylone. Hailé Sélassié est ainsi considéré comme descendant de la Reine de Saba, et le Dieu des rastafari, « Jah », est appelé selon une dénomination qui dérive de l’hébreu « Yah », forme courte de « Yahvé ». Même la chevelure fournie des rastas est d’origine biblique, puisqu’elle se fonde sur le vœu de Naziréat, détaillé dans le livre des Nombres, consistant à ne se couper ni les cheveux ni la barbe.

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Quoi qu’il en soit, le premier groupe clairement identifié comme rastafari apparaît en 1940 composé d’agriculteurs et dirigé par le prédicateur Leonard Howell. Un tournant se produit lors de la visite de l’empereur Hailé Sélassié en 1966, où les fidèles affluent pour voir l’empereur vénéré, quoiqu’il n’aspirât pas lui-même à ce culte.

  • Le mouvement rastafari valorise l’Éthiopie

L’Éthiopie fut l’objet au XIXe siècle d’une admiration particulière, du fait qu’elle était le seul pays d’Afrique à avoir résisté à la colonisation, malgré les tentatives italiennes. Cette admiration de l’Éthiopie comme pays de référence des Afro-descendants fut importée aux États-Unis par Marcus Garvey.

Après le couronnement de l’empereur Haïlé Sélassié, ce fut le Jamaïcain Leonard Percival Howell, créateur d’une communauté agricole éthiopisante, qui développa véritablement le mouvement rastafari, en l’associant à la culture et à l’usage rituel du cannabis.

  • Babylone dans la culture rastafari

Le mouvement rastafari, qui voit dans l’empereur d’Éthiopie un messie libérateur des Afro-descendants, repose sur une interprétation de certains passages de la Bible. Le second exode à Babylone et la première destruction du temple de Salomon évoquent la déportation et la mise en esclavage des Africains par les Européens.

Babylone représente l’Europe capitaliste et matérialiste auquel s’oppose le lion de Juda, symbole du souverain éthiopien. Les rastafaris proscrivent la consommation de viande et d’alcool et s’interdisent de se couper les cheveux, formant des nattes (locks) avec les mèches (dreads) de leurs cheveux. Ils arborent les couleurs rouge, jaune et vert de l’Éthiopie impériale. Le mouvement rastafari ou rasta a été popularisé par le reggae de Bob Marley.

  • Un idéal qui s’émousse, mais des symboles tenaces

Ce mouvement aura connu un cycle de vie analogue à tant d’autres en vogue pendant les années 1960 et 1970 en Occident, et critiquant son mode de vie, puisqu’il connaît une certaine stagnation à partir des années 1980. Outre le fait qu’il soit « passé de mode », deux figures essentielles du mouvement ont disparu.

Tout d’abord, Bob Marley, qui contribuait grandement à sa popularité, est mort en 1981. Mais surtout, quelques années plus tôt, Hailé Sélassié lui-même est mort à la suite de la révolution qui amena au pouvoir un régime communiste – une utopie en évinça une autre.

Le combat pour les droits des noirs vivant sur le continent américain continue alors sous d’autres formes. Les symboles du mouvement rastafari comme la musique reggae, les couleurs du drapeau ou le port des dreadlocks, de même que la consommation de cannabis, ont continué à prospérer, mais en étant souvent vidés de leur contenu idéologique.

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