Santé reproductive et lutte contre les VSBG : 'Wóolu naa la ci' suscite l'émoi en salle obscure

Ce jeudi 27 avril 2023, le cinéma Pathé de Dakar a refusé du monde. Dans l'une des sept salles de projection de ce complexe ultra moderne s'est déroulé un programme peu ordinaire : l'avant-première du film documentaire « Wóolu naa la ci ».

Avant-première du film documentaire « Wóolu naa la ci » au cinéma Pathé de Dakar, le 27 avril 2023.

Il est 17 heures tapantes lorsque nous franchissons le portail du cinéma Pathé, une merveille de bâtisse aux murs brun sable sise au quartier Mermoz de Dakar. L'endroit grouille déjà de monde, quelque chose d'inhabituel semble s'y produire. Un genre particulier s'est glissé dans le programme entre les blockbusters Marvel ou encore Disney. Pour l'occasion, le décor a changé, un tapis rouge s'étale le long du couloir en L menant à l'entrée de l'une des salles de projection. Mais surtout, une accroche, au milieu d'un photocall large de plusieurs mètres et plaqué à l'entrée, fait tilt : « Avant-première du film documentaire "Wóolu naa la ci" », peut-on y lire au-dessus des photos de trois jeunes filles dont les expressions témoignent de différentes formes de violences qu'elles ont subies.

Dans quelques instants, la projection du film va démarrer. Un court métrage de 26 mn dans lequel les artistes chanteurs Jahman X-Press et Amira Abed nous emmènent au cœur du Sine Saloum, précisément à Kaolack, où ils vont rencontrer Aminata, Yacine et Awa, trois jeunes filles dont l'existence a sombrement basculé lorsqu'elles ont été victimes d'insoutenables violences au cours de leur vie.

Elles ont choisi de ne plus baisser les bras et de s'exprimer en racontant ces tranches douloureuses de leur vie pour exposer le combat que mènent les femmes pour mettre un terme aux violences qu'elles subissent quotidiennement. Pour ce faire, elles sont épaulées par des relais communautaires comme les « Bajenu Gox » et les pairs éducateurs qui leur apportent assistance, information et soutien moral.

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Ambassadrice « Wóolu naa la ci » aux côtés de Jahman notamment, Amira Abed puise sa motivation de son vécu : « J'ai eu la chance de pouvoir poursuivre mes études en tant que jeune fille et de grandir dans un environnement où j'ai été protégée. J'ai naturellement voulu contribuer à la lutte contre les violences faites aux femmes, le mariage et les grossesses précoces et tout ce qui s'en suit. » a déclaré la jeune chanteuse.

Elle poursuit : « J'ai pris conscience de toute la souffrance qu'une jeune fille peut vivre. Ça se passe tout près de chez nous et on ne s'en rend pas compte parfois. Le documentaire nous permet de mettre en exergue ce qui ne se voit pas et qui devrait être éradiqué. J'ai rencontré des personnes qui sont très fortes parce qu'elles ont vécu des choses atroces mais qui continuent à aller de l'avant pour améliorer leurs conditions de vie. »

Pour elle, c'est de bonne augure que cette production attise déjà les curiosités : « La salle est pleine à craquer, ça me fait super plaisir parce que ce n'est pas quelque chose de très commun de parler de violences faites aux femmes mais le fait qu'il y ait beaucoup de monde qui veut venir visionner ce qui se passe dans notre propre pays, ça nous permet de savoir qu'un plus grand nombre de personnes va s'impliquer dans la lutte contre ces violences. »

Également venue assister à la séance, Mariama Kébé alias « Mamico » a donné les raisons de son engagement à soutenir une telle initiative : « C'est une fierté pour moi d'être ambassadrice pour la campagne de sensibilisation "Wóolu naa la ci". Étant très engagée dans la défense des Droits des femmes, je ne peux que soutenir ce type d'initiative. », lance-t-elle.

Elle s’attend à une prise de conscience massive des populations sur le sujet : « Les auteurs des viols sont le plus souvent des personnes proches de la famille. Après avoir visionné ce film documentaire, chaque parent veillera à protéger ses enfants parce que cela n'arrive pas qu'aux filles, les garçons aussi peuvent être victimes de toutes sortes de violences. La Campagne "Wóolu naa la ci" informe et sensibilise les jeunes mais aussi les parents et adultes à mieux s'occuper des plus jeunes. », soutient l'administratrice de la page Facebook « Femme Chic » qui cumule près de 40 000 abonnés.

Autre célébrité présente au cinéma Pathé, l'actrice Roselyne Sylla. Elle est, au même titre que Mamico, parmi les ambassadrices qui ont été choisies pour porter haut les couleurs de cette campagne de sensibilisation. « Il y a beaucoup de choses qui se passent dans la société et dont on ne parle pas et aujourd'hui on a mis cela en lumière en faisant ce film documentaire qui, je l'espère, aura sensibilisé beaucoup de personnes. », a-t-elle déclaré d'emblée.

Elle rajoute : « À un moment donné je me suis sentie très mal, si je pouvais rentrer dans l'écran et secouer je l'aurais fait. Après je suis super contente du résultat parce qu'on a été sensibilisés et qu'on pourra faire de même avec les autres. Mais, j'en ressors le cœur lourd parce qu'on est jamais à l'abri de ce fait. », nous confesse Roselyne après avoir visionné le documentaire auprès des nombreux spectateurs venus de différents coins de Dakar et des autres régions.

Profondément touchée par la cause des femmes victimes de violences, celle qui a tenu le rôle de « Maïmouna » dans la série « Karma » va d'ailleurs passer de l'autre côté de la caméra en tant que réalisatrice le temps d'un projet du même style.

Réalisé par Babacar Mbaye (Wantd) et coproduit par le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, le Ministère de la Femme, de la famille et de la protection de l’enfant, ainsi que le Ministère de la Jeunesse et avec le soutien du Royaume de Belgique, le film documentaire « Wóolu naa la ci » rentre dans le cadre des activités d’une campagne de sensibilisation éponyme.

Lancée à la mi-décembre 2022, « Wóolu naa la ci » est un vaste programme de sensibilisation pour promouvoir le droit à la santé reproductive et lutter contre les violences sexuelles et basées sur le genre. En plus de Dakar, un ensemble d’activités de mobilisation sociale sont prévues dans les régions de Kaolack, Fatick et Kaffrine pour l'année 2023.

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