Avant de pouvoir bénéficier d'une transplantation d’organe, il y a un processus long et éprouvant. Avant l’opération, les patients sont très malades.
Après avoir subi le stress de l’attente, parfois durant plusieurs années, ils doivent supporter une intervention lourde.
Une fois le séjour au bloc opératoire terminé, et même en cas de succès de la transplantation, les patients sont sujets au risque de rejet du greffon.
Et même lorsque toutes ces étapes sont passées avec succès, les personnes avec un nouvel organe sont soumis à un suivi médical régulier.
Après une greffe, certains transplantés ont rapporté des évolutions dans leur comportement ou leurs goûts. Non, cela n'arrive pas que dans les films de science fiction !
Des chercheurs de l’université de médecine King Abdulaziz à Djeddah en Arabie Saoudite se sont penchés sur leurs cas.
Leur étude suggère que les personnes ayant reçu une greffe pourraient hériter de formes de souvenirs, de préférences ou de traits de personnalité du donneur.
Si ce phénomène est plus fréquemment rapporté pour les transplantations cardiaques, il pourrait concerner tous les types d’organes.
operation du receveur de la première greffe de rein de porc génétiquement modifié
greffe de rein
Ce n'est pas la première étude sur le sujet. En mai, Adam Taylor, professeur de l'université de Lancaster, mettait en avant le rôle des hormones libérés par les organes pour expliquer les changements expérimentés par les patients.
Pour leurs recherches, les scientifiques saoudiens se sont appuyés sur plusieurs études de cas. L’une d’elles, réalisée en 2000, recensait 74 cas de personnes avec une greffe du cœur qui avaient vu certains traits de leur personnalité changer.
Des goûts ou des peurs qui changent
Les parents d'un jeune garçon de neuf ans qui avait été transplanté avaient témoigné dans cette revue. Ils racontaient que leur fils avait subitement commencé à être terrifié par l’eau après son opération.
Sa donneuse, une enfant de trois ans, s’était noyée dans la piscine familiale. Les parents expliquaient alors que la peur de leur fils s’était réveillée alors qu’il ne savait rien de l’origine de son nouveau cœur.
Les scientifiques se sont aussi référés à une étude de 2002. Cette dernière rapporte notamment le cas d’une femme de 29 ans qui a vu ses goûts alimentaires changer. Sa donneuse était végétarienne.
Après la greffe, elle a commencé à avoir une forte aversion pour la viande. « Je déteste ça maintenant. Dès que je commence à sentir l’odeur de viande, j’ai le cœur qui s’emballe », racontait-elle aux chercheurs.
Des liens entre le cœur et le cerveau
transplantation-rein-greffe-renale-chirurgie (1)
Les scientifiques à l’origine de la récente étude expliquent ces phénomènes par des liens forts entre cœur et cerveau.
Le cœur possède son propre réseau de neurones et il existe une communication dans les deux sens entre les organes.
« Cela soutient la théorie d’une connexion entre cœur et cerveau en ce qui concerne la mémoire et la personnalité », écrivent les chercheurs, sans pour autant être capable d’expliquer complètement les mécanismes à l’œuvre.
Les scientifiques s’appuient également sur les effets de l’arrivée d’un nouvel organe dans le corps au niveau génétique.
L’arrivée du nouveau greffon modifie parfois l’expression de certains gènes, ce qui pourrait participer aux changements observés par les patients.
D’autres explications possibles : le stress et les médicaments
Cependant, cette thèse est critiquée par de nombreux chercheurs, qui ont d’autres explications.
L’opération est très particulière et stressante, à la fois pour le corps comme pour l’esprit. Les patients ont pu créer des réponses psychologiques pour faire face à cet état.
Pour éviter le rejet du greffon, les personnes transplantées doivent aussi prendre des médicaments anti-rejets.
L’un de leurs effets secondaires est d’augmenter l’appétit, ce qui peut changer les habitudes alimentaires.
Les scientifiques saoudiens appellent à de nouvelles recherches sur le sujet, mêlant plusieurs disciplines.