L'éthique dans la gestion des affaires publiques (par Malick Samb)

A toutes celles et à tous ceux qui agissent au nom de l’Etat, je rappelle cette déclaration du juge Kéba Mbaye : « que ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir et en abusent, ou qui se sont enrichis en foulant aux pieds les règles d’éthique se le disent bien ; ils n’inspirent aucun respect aux autres Sénégalais. Or le respect de ses concitoyens est le bien le plus précieux du monde. Le pouvoir est fait pour servir. Il est passager ; l’argent ne sert qu’à satisfaire les besoins au-delà il est inutile. Le respect de soi et le respect des autres est par contre éternel… » (Leçon inaugurale UCAD 2005).

Dr-Malick-Samb pr-de-droit

Cette sagesse montre à bien des égards que la prise en compte de valeurs d’éthique et de morale demeure une exigence dans la gestion des affaires publiques

Cela passe notamment par un renouveau du service public qui doit s’appuyer sur un levier fondamental : les ressources humaines à travers une approche unifiée et révisée de la déontologie de l’ensemble des agents afin de repositionner l’administration au service du citoyen.

La modernisation de la gestion publique allant dans le sens de la recherche de la performance et de l’exigence de la bonne gouvernance justifie l’impérieuse nécessité de promouvoir le professionnalisme et l’éthique et de s’appuyer surtout sur nos valeurs culturelles : Ngoor-Diom-Foula-Fayda.

Notre pays a affiché une volonté salutaire en ratifiant la convention des Nations-Unies contre la corruption en 2005. Dans le même sillage, il s’est souscrit à la Directive n°01/2009/CM/UEMOA portant code de transparence dans la gestion des finances publiques transposée dans la législation interne à travers la loi n°2012-22 du 27 Décembre 2012.

Malgré l’adoption de cet arsenal juridique, des pratiques dénuées d’éthique continuent de saper la morale des Sénégalais relativement à la manière dont les gouvernants se comportent dans la manipulation de l’argent du contribuable. Il est certes utile de mettre en place une réglementation qui promeut la bonne gouvernance, le plus important est sans nul doute son application. Je reste convaincu que la règle aussi bonne soit-elle n’a de portée que si elle appliquée avec rigueur et objectivité.

Des scandales les plus grotesques sont mis en lumière par les organes de contrôle dans leurs rapports respectifs sans que ne soient inquiétés les mis en cause. Les exemples de gaspillage et de mauvaises pratiques administratives sont légion dans ce Sénégal où tout est prioritaire.

A titre illustratif, je prends la situation décrite par l’inspection générale d’Etat dans l’acquisition des véhicules administratifs. En effet, la Direction du Matériel et du Transit Administratif (DMTA) avait prévu d’acheter au titre de l’année 2018 quatre- vingt (80) véhicules de type 4X4 et vingt (20) berlines soit cent (100) véhicules. Au final on se retrouve avec huit cent quatre-vingt-deux (882) véhicules. A cela, il faut ajouter la pratique récurrente chez certaines personnes qui continent d’utiliser des véhicules de fonctions alors qu’elles n’occupent plus de postes ou qui continuent d’occuper des logements de manière illégale. (Rapport de l’IGE de 2018-2019, PP 47, 48).

Cette dilapidation des finances publiques n’est pas malheureusement le seul problème dont est victime le contribuable Sénégalais. La mauvaise qualité du service est souvent décriée par nos concitoyens. Notre administration n’a aucun sens de l’accueil, surtout dans les services de santé où on en a plus besoin. L’indisponibilité du service fait souvent défaut à cause d’absences des préposés pour des raisons purement personnelles et injustifiées. Le manque de rigueur dans le respect des heures de travail est également dénoncé.

Tous ces maux ont un dénominateur commun : le manque d’éthique et de sanctions positives chez certains agents de l’Etat.

Tout agent public qui se comporte de manière déloyale, sapant ainsi notre bien-être social, bafouant toute pratique déontologique mérite à mon sens des sanctions exemplaires.

Au nom du droit à un service public de qualité reconnu aux citoyens, nos dirigeants doivent changer de paradigmes. Je suis désolé de remarquer tout de même que cette nécessité est obstruée par la volonté du chef de protéger des responsables politiques en mettant sous le coude des dossiers les concernant. Une telle situation montre suffisamment que le parti est bel et bien au-dessus de la patrie posant du coup un problème de justice sociale.

Une réforme des textes en vigueur dans la reddition des comptes s’impose avec urgence. Les organes de contrôle ne doivent plus être mis sous le joug du Président de la République qui porte en même temps que la fonction institutionnelle, une casquette politique.

La politisation des questions d’intérêt national rend insoluble l’équation de développement économique et social qui se pose au Sénégal depuis son indépendance.

Malick SAMB

Juriste-Formateur

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