Arrestations tous azimuts : une nuit sans fin !

On n'a pas fini d'épiloguer autour du sinistre champ lexical de la privation, voilà, nuitamment après une émission à la Sen Tv, qu'Amadou Ba un des responsables de Pastef, est arrêté manu militari pour être acheminé à la Section de recherche de la Gendarmerie de Colobane.

Amadou-Ba-PASTEF

Il devrait y être interrogé. Pourquoi ? Lui-même ignore certainement les raisons qui l'ont mené dans cette galère. Lui-même a eu à séjourner en prison avant d’être jugé et relaxé après une manifestation relative à l’affaire Sonko-Adji Sarr. Prison, arrestations, convocations, procès. Que de malheurs dans ce pays. On parle d'un millier de Sénégalais retenus dans nos geôles si sombres. Peut-être même plus. Car, on n'a pas vraiment des chiffres exacts de cette vaste opération qui consiste à faire taire toutes les voix contestataires, à réduire à néant des opposants.

Et le plus souvent c’est pour des posts sur les réseaux sociaux, pour des déclarations passionnées, pour des prises de position. Et ça dure depuis longtemps. Les événements de mars 2021 et de juin 2023 ont été de forts moments pour expérimenter une traque d’une rare ampleur. Ce qui se passe actuellement relève de l’inédit au Sénégal pays qui a longtemps été considéré comme un modèle démocratique laissant derrière lui ses voisins confrontés à des crises multiples et surtout à des coups d’Etat.

Notre pays a certes échappé aux extrémités comme les putschs mais il danse souvent au bord du précipice. La colère se déverse souvent dans les rues. Elle est souvent contenue par des forces de défense non sans dégâts, non sans beaucoup de morts.Un monde dans lequel le champ lexical du vol, est aussi devenu ordinaire, avec des détournements qui sont légion. Au même moment, les difficultés sont là, tenaces. La fin de la faim n'est pas pour demain.

Réquisitoire

La Rencontre africaine pour la défense des Droits de l'homme (RADDHO) a eu donc raison de profiter de la 77e Session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples -qui se tient du 20 octobre au 9 novembre 2023 à Arusha, en Tanzanie- pour fustiger les arrestations et exiger la libération des "détenus politiques ".

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Les troubles politiques depuis 2022 et les arrestations multiples de plus de 1000 personnes opérées dans les rangs de l’opposition ou des activistes depuis le mois de juin 2023, pour divers motifs allant de participation à une manifestation interdite, trouble à l’ordre public et destruction de biens publics ou privés sont venus aggraver le taux d’occupation des prisons qui a atteint aujourd’hui des limites jamais égalées dans le passé, diagnostique la Raddho après avoir dénoncé les nombreuses interdictions aux manifestations de l’opposition ou de la Société civile. Toutes choses qui font que vendredi fait partie des exceptions.

C'était une manifestation, un monde, beaucoup d'engagement. L'événement organisé au Jet d'eau loin de la Place de la Nation ex-Obélisque était dédié aux détenus politiques, selon l'expression consacrée. Il a connu une réussite non pas seulement parce que les Sénégalais sont venus nombreux "dire non" aux emprisonnements tous azimuts, non pas parce qu'ils ont dit leur rage mais c'est surtout du fait d'une bonne organisation qui n'a pas été suivi de débordements, d'intervention des forces de l'ordre qui ont assisté de manière "passive" en encadrant une foule engagée et disciplinée.

C'est la démocratie qui respire un peu car elle est étouffée depuis un bon bout de temps par un président qui s'était engagé à "réduire l'opposition à sa plus simple expression". Sa volonté est allée au-delà de l'opposition classique. Toutes les voix contestataires sont bâillonnées. Le plus déplorable, c'est souvent pour un oui, pour un non, pour un mot mal placé ou des propos jugés déplacés par un Procureur de la République qui agit pour un ministère public qui n'écoute que le président d'une République fragilisée, piétinée.

Hier vendredi donc les citoyens ont repris la rue qu'ils avaient perdue ou qu'ils occupaient avec violences du fait des errements d'un pouvoir et de son dirigeant qui longtemps entretenu le suspense sur une troisième candidature à laquelle il n'avait pas droit. Et surtout à cause d'une ambition affichée de se débarrasser d'Ousmane Sonko, le principal opposant qui, même en prison et entre la vie et la mort, hante le sommeil du pouvoir et de son chef.

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