Le 'Kandiénou' : nouvelle addiction chez des femmes sénégalaises en chaleur

Une pratique connaît une montée en puissance : des femmes sénégalaises qui s'introduisent une poudre à base de tabac dans le vagin pour décupler leur plaisir sexuel. L'utilisation du « tabac vaginal » ou « Kandiénou » n'est cependant pas sans risque car elle provoque une forte dépendance.

Les femmes s'introduisent un mélange à base de tabac dans la vagin pour, disent-elles, décupler leur plaisir sexuel

Du « tabac » dans le sexe. Dans la capitale sénégalaise comme dans le sud du pays, des femmes utilisent ce produit aux vertus supposées médicinales et aphrodisiaques, mais qui inquiète les professionnels de santé. Le produit en question, vendu à 100 FCFA le sachet de quelques grammes, est utilisé soit par application cutanée soit par voie vaginale pour traiter des infections, des douleurs quelconques ou simplement se donner du plaisir.

Toutefois, les vertus aphrodisiaques prêtées au « tabac vaginal » semblent être la principale motivation des consommatrices de ce produit. À Dakar, cette « recette miracle » pour retrouver sa virginité, « décupler le plaisir sexuel » ou « envoyer son homme son 7e ciel » se partage allégrement entre femmes.

Sa vente est clandestine. Si clandestine que vendeuses et consommatrices utilisent des noms de code pour effectuer la transaction. « Jumbo », « Kandiénou », « Secret » ou encore « Tangal » (bonbon en wolof) sont quelques noms utilisés pour désigner ce produit dont les composants diffèrent d’une vendeuse à l’autre.

Le produit est en manque à Vélingara. Et dans un dossier réalisé par Le Quotidien, des dames restées seulement trois jours sans se mettre la poudre noire à forte odeur de tabac dans les parties intimes ont remué ciel et terre pour se la procurer. Selon le journal, les femmes abonnées à l’usage du « Kandiénou » ont vécu le calvaire dans la ville de Vélingara. La fin de la pénurie a soulagé et délié les jambes.

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Fatou Mankal (nom d’emprunt), habitante du quartier Thiankang de Vélingara, est à la fois utilisatrice et vendeuse de la poudre noire vaginale, appelée « Kandiénou » dans cette localité. Depuis 4 jours, son stock de cette poudre fabriquée à base de tabac est épuisé. De teint noir, sur son mètre 75, allure d’athlète, elle a souvent le téléphone scotché à une oreille pour répondre à des appels.

Retrouvée à son domicile dans l’après-midi de mardi, aux environs de 15 heures, humblement habillée, elle reçoit dans un modeste salon. L’entretien est souvent entrecoupé par des appels téléphoniques. « Tous ces appels, c’est pour savoir si le produit est disponible. Depuis 3 jours, il n’y en a plus dans tous les points de vente de la ville. Car j’ai reçu ici des femmes qui ont quitté le quartier Foulbé, à près de 2 km de là. D’autres du Centre 2. Certaines, plus loin, ont appelé pour les mêmes raisons. », confesse-t-elle.

C’est la fin de la pénurie. Au grand bonheur de ces usagères. Fatou explique : « Je viens de recevoir mon colis de "Kandiénou" à travers les cars de transport en commun qui prennent départ de Ziguinchor pour Vélingara, en empruntant la Rn6. La poudre est achetée dans les villages du Balantacounda. »

Le Balan­tacounda est une province du département de Gou­domp coincée entre le fleuve Casamance au nord, la Guinée-Bissau au sud, à l’Est par le département de Kolda et à l’ouest par le département de Ziguinchor. Là-bas, selon Fatou Mankal, originaire d’un village du Balantacounda, la poudre est achetée par des grossistes dans les villages de la Guinée-Bissau frontalière au Balan­tacounda.

D’ailleurs, elle porterait le nom du village qui l’a vulgarisée en premier : Kandiénou. Il y a rarement pénurie. Le produit se vend bien et génère des bénéfices. Pas de perte, pas de crainte qu’elle se détériore.

« Le mois de Ramadan, la fête de Korité et la faiblesse de la mobilité des personnes en cette période ont causé cette courte pénurie. J’ai reçu un ballet de femmes de tous les âges et de toutes les conditions sociales, les plus insoupçonnées (des intellectuelles, épouses de religieux) pour acquérir le "garab" ou le "comprimé" ou encore "kandiénou". On lui attribue des noms codés pour ne pas éveiller de soupçon de la maisonnée. Mais tout le monde à la maison, garçons et filles, sait ce qu’elles viennent chercher et pour quel usage », dit-elle sans gêne.

« C’est véritablement un médicament. Seulement, ça crée de l’addiction. Impossible de s’en priver longtemps. C’est ce qui est arrivé aux femmes la semaine passée. Moi, je trouve le moyen d’en garder pour moi-même. Je l’utilise. Je sais que c’est réparateur de tous les états de fatigue. Ça soulage assurément. »

Dans un dossier réalisé par le journal français Le Monde, plusieurs habitants de Sédhiou confirment des tensions dans les ménages par rapport à ce produit. C’est le cas de Boubacar Faty, secrétaire général du lycée Ibou-Diallo : « Certaines femmes n’ont plus de contact physique avec leur mari, ce qui crée des frustrations. Un jour, j’ai entendu une femme dire à son mari : “Ce que le tabac me procure comme plaisir, tu ne m’en procures même pas la moitié !” »

Maïmouna Camara, ex-assistante sociale à l’hôpital de Sédhiou, assure que « certains hommes menacent de répudier leurs femmes s’ils découvrent qu’elles consomment le produit ». Celui-ci est donc vendu en cachette : les rencontres entre fabricantes, vendeuses et clientes ont systématiquement lieu dans les foyers, pour éviter d’attirer l’attention des hommes ou des autorités.

Au-delà du Sénégal, le « tabac vaginal » serait désormais exporté en France et dans certains pays frontaliers, si l’on en croit plusieurs habitants de Sédhiou. Une salariée de l’Unesco, qui a travaillé à Dakar durant plusieurs années, assure qu’il serait notamment vendu à Bordeaux.

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