Intelligence artificielle : les dessous d’une information manipulée !

L’intelligence artificielle et les algorithmes sont de plus en plus utilisés pour produire l’information. Cette pratique repose sur l’idéalisation de l’accès à une information personnalisée, mais elle soulève de nombreux enjeux éthiques, notamment la question de leur transparence et des dangers qu’elle peut soulever.

Photo manipulée

« Le journaliste est l’historien du temps présent », selon l’expression d’Albert Camus. Concurrencés par des « internautes » qui n’ont aucune maîtrise du traitement et de la diffusion de l’information, les professionnels des médias sont confrontés à un exercice difficile de leur métier face à une masse de faux contenus.

Les réseaux sociaux sont devenus une source majeure d’information et de désinformation. Savoir distinguer un fait d’un mensonge est un enjeu de taille dans cette nouvelle dynamique technologique. Les outils technologiques notamment l’Intelligence artificielle sont devenus des vecteurs de fausses nouvelles à travers les réseaux sociaux induisant même certains journalistes en erreur. C’est le cas des « deepfakes ».Les vidéos truquées, ou «deepfakes», se multiplient sur la toile. Leur degré de perfectionnement ne cesse de s'améliorer et représente un réel risque de désinformation.

Cette vidéo du journal Le Temps apporte une démonstration de la manipulation de l'information.

En effet, les fausses vidéos ou images très réalistes ont démocratisé la manipulation du contenu visuel pour influencer l’opinion publique et diffuser la désinformation. L’intelligence artificielle est déjà bien intégrée dans la chaîne de production de l’information.

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Selon Mountaga Cissé, spécialiste des questions numériques, il s’agit d’une manipulation des données transformée : « C’est, par exemple, prendre des éléments de la vie réelle, une vidéo de moi en train de parler et l’a modifiée. Il y a des logiciels qui existent et qui permettent de retranscrire un texte qui n’a rien à voir avec ce que je viens de dire. Si ce contenu, on le sert sur une plateforme considérée plus ou moins crédible, sur les réseaux où les utilisateurs ne sont pas avertis, qui n’ont pas ce recul nécessaire pour déceler l’aspect manipulation, ces personnes peuvent tomber dans ce piège. C’est ce qui fait qu’il y a de plus en plus de deepfake. L’intelligence artificielle a facilité l’utilisation de ces outils ».

  • Quand l’audience impose un contenu populiste à partir du faux

Dans un contexte sociopolitique qui peut être tendu, l’information est devenue une véritable arme, comme cela n’avait pas encore été le cas auparavant. De nouvelles technologies puissantes facilitent la manipulation et la fabrication des contenus, tandis que les réseaux sociaux amplifient de façon spectaculaire les fausses nouvelles diffusées par des Etats, des responsables politiques populistes et des entreprises malhonnêtes, car elles touchent un public dépourvu de sens critique et du discernement nécessaire.

Aux yeux du journaliste au quotidien Enquête, Mor Amar, l’audience veut « imposer » aux professionnels des médias, leur « vérité » ou « leur opinion ». Aux dires du sieur Amar : « Ce n’est pas aux autres de nous dicter les sujets sur lesquels on travaille, la manière d’en parler. Il faut, en toutes circonstances, suivre les principes qui régissent notre profession. Quel que soit le niveau de pression ». Dans ce contexte, le journalisme perd du terrain pour devenir l’objet non seulement de critiques équitables, mais aussi d’attaques contre sa propre existence.

  • Les dangers d’une fausse information

Les réseaux sociaux sont alimentés par différents types de contenus, de nature personnelle et politique. La désinformation alimentée par les outils numériques risque d’éclipser le rôle du journalisme et pire encore, le journalisme fondé sur des faits vérifiables divulgués dans l’intérêt général. Une situation sans conséquences selon Anta Niane Faye Sarr, responsable de l’animation de l’Innovation center de l’IAM. Internet et les réseaux sociaux peuvent desservir la démocratie, en polarisant plus encore les opinions, en facilitant les manipulations, en exacerbant les tensions.

Cet élément audio est un reportage sur la manipulation de l'information avec comme inervenants Mountaga Cissé et Dieynaba Thiombane, journaliste fact-checkeur à Africa Check.

« Il est important d’alerter sur les méfaits de la fausse information. La manipulation de l’information existe depuis bien longtemps. C’est juste que maintenant avec les nouvelles technologies, notamment l’IA, c’est devenu plus viral. Nous sommes dans un monde hyperconnecté et les informations passent vite. Dès l’instant qu’une information est publiée, elle est reçue au même moment par tout le monde. Il faut faire très attention aux masses d’informations que nous recevons au quotidien. Ça peut impacter négativement les jeunes, surtout dans ce contexte sociopolitique. Ça peut conduire à des soulèvements populaires ou à des manifestations violentes », a fait savoir Mme Sarr.

Elle estime que la source du mal est qu’il y a un manque criard de culture ou d’éducation numérique dans notre pays. Un avis bien partagé par son collègue Demba Thioubou, Community manager à l’IAM center innovation. Ce dernier est convaincu que « les réseaux sociaux doivent être un moyen d’apprentissage et non un espace où on relaie de fausse information ».

  • Les journalistes dans une application stricte des normes du métier  

Dans ce contexte, il est temps, pour les médias d’information, d’appliquer de manière encore plus stricte les normes et l’éthique professionnelles, d’éviter la publication d’informations non vérifiées et de prendre leurs distances d’informations qui pourraient être intéressantes pour un certain public, mais qui ne sont pas d’intérêt public.

Une option sérieuse selon Mountaga Cissé qui estime que le journaliste professionnel doit prendre du recul. « Pour éviter de tomber dans le piège, il faut multiplier les sources. Si vous tombez sur une information et qu’il y a qu’un seul média en ligne qui en parle et que les autres n’ont pas eu le recul nécessaire pour l’analyser ou la confirmer, prenez cette nouvelle comme une information à prendre avec des pincettes », a suggéré le sieur Cissé.

Basile Niane, journaliste consultant IT, prend le contre-pied de l’idée selon laquelle l’intelligence artificielle présente un danger dans la diffusion de l’information. L'IA permet aux éditeurs de sortir du moule traditionnel des médias. Grâce à des données puissantes et à des opportunités accrues, les entreprises de médias peuvent restructurer les chaînes de valeur et créer de nouveaux modèles commerciaux optimisés.

L’expert en communication digitale et entrepreneur web voit plus l’aspect positif de l’IA : « Je crois que nous devons comprendre cet outil comme une complémentarité de nos besoins en matière d’information. C’est un apport important pour tout journaliste ou acteur de l’information. Cependant, il faudrait penser aux respects et à la déontologie de l’information sachant que d’ici quelques années plusieurs autres outils seront disponibles pour régler ce problème de vérification de l’information. D’autres IA vont simplement dénicher si l’information est générée par un robot ou si c’est l’humain qui en est le responsable ».

Après l’enthousiasme pour les prouesses de ChatGPT, les avancées rapides des modèles d’intelligence artificielle générative suscitent désormais la crainte. Le Réseau International des Journalistes, dans un article publié sur sa page Ijnet, propose ainsi les cinq tendances numériques que les journalistes doivent connaître.

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