Ecole Mariama Bâ de Gorée : Sur 35 admises, seules trois élèves viennent du Public
En 2020-2021, une seule élève du Public est admise
Le chiffre donne le tournis : Trois sur 35. À la Maison d'éducation Mariama Bâ, sur 35 admises, les 32 viennent des écoles privées. . En 2020-2021, une seule élève du public avait franchi la porte de Gorée, contre 25 venues du privé. Pour Abdoulaye Fané, président de l'Union nationale des parents d'élèves et d'étudiants du Sénégal (Unapes) et secrétaire permanent de l'Internationa des parents d'élèves interrogé par L'OBS, il faut d'abord remettre ce résultat à sa juste place : une seule admission dans un établissement d'élite ne résume pas la valeur de l'enseignement public. Le problème, selon lui, est d'abord géographique. Le concours se tient à Dakar, et «il y a beaucoup de facteurs qui peuvent limiter l'admission» d'enfants venus de Diourbel, Saint-Louis, Tambacounda ou Kédougou. Le voyage, l'hébergement, la préparation : tout pèse sur des familles modestes.
Il réclame une déconcentration, avec des épreuves organisées dans chaque académie, afin que la comparaison entre public et privé repose enfin sur des conditions équivalentes. Le lycée d'excellence de Diourbel, ajoute-t-il, obéit à la même logique. Mais décentraliser les épreuves ne suffirait sans doute pas à combler un tel fossé. Encore faudrait-il connaître le nombre de candidates inscrites dans chaque secteur, leur origine géographique, leur niveau et la façon dont elles se sont entraînées.
Le public brille au Concours général
Le tableau, lui, n'est pas d'un seul bloc. Abdoulaye Fané rappelle que les élèves du public se distinguent dans d'autres compétitions. Au Concours général, affirme-t-il, les lycées publics ont décroché, ces dernières années, les premières places. Les lauréats du Concours général viennent massivement du public, «avec une proportion comprise entre 66% et 85% des distinctions selon les éditions», preuve que celui-ci continue de former des têtes brillantes.
El Hadj Malick Youm, secrétaire général national du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire (Saems), refuse, lui aussi, de conclure trop vite : tirer une loi générale d'un seul concours serait hâtif, juge-t-il, quand les établissements publics ont signé de bons scores au baccalauréat et au Bfem en 2026. Reste qu'une place à Mariama Bâ ne se gagne pas le jour de l'épreuve. Elle se construit pendant des années, au fil de cours réguliers, de professeurs disponibles, d'exercices supplémentaires et d'un suivi sur mesure. C'est là que les inégalités se creusent.