Est-ce que les parents ont un enfant préféré ? C’est l’éternelle question. Du moins, c’est une accusation qu’on entend souvent sortir de la bouche des enfants lorsque leurs frères ou sœurs ont profité d’une action favorable de la part de leurs parents, mais pas eux. Quelle injustice ! Pour répondre à la question, une étude a récemment été menée par des scientifiques et publiée dans le Psychology Bulletin. Et les résultats sont clairs : oui, il y aurait bien un ou une préféré(e) dans chaque fratrie.
Mais comment le déterminer ? Ça n’est pas parce que votre frère a eu le droit de manger le dernier bonbon ou que votre sœur a eu un téléphone à 10 ans, alors que vous, vous avez dû attendre vos 15 ans, qu’ils sont les préférés de vos parents. Il est facile de crier à l’inégalité et de lancer des affabulations du genre « de toute façon, c’est votre chouchou ! » alors que, bien souvent, vous avez vous aussi profité de moments de privilèges.
« C’est complètement inconscient »
C’est un sujet qui revient souvent en consultation psychologique, assure Fanny Lefevre Pontalis, psychologue spécialisée en psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent. « Généralement, ça n’est pas voulu de la part des parents, c’est complètement inconscient, explique-t-elle. De toute façon, on ne peut pas aimer de la même manière, ajoute la psychologue, on peut les aimer de façon unique, ça oui, mais l’égalité parfaite, ça n’existe pas. Ce qui est important, c’est de valoriser l’unicité des relations ».
Mais l’étude réalisée par les chercheurs a toutefois mis en lumière certaines caractéristiques chez l’enfant favorisé. Pour arriver à leurs résultats, ils ont analysé une trentaine de recherches et de thèses sur le sujet, ainsi que quatorze bases de données. Ils ont alors observé quelles étaient les caractéristiques chez les enfants qui étaient associées à un meilleur traitement de la part des parents. Cela comprend le sexe, l’ordre de naissance, le tempérament ou encore la personnalité (extraversion, agréabilité, ouverture, conscience, névrosisme…). Résultat : les parents ont tendance à favoriser leurs filles.
Et ça n’est pas tout. Les scientifiques ont aussi avancé que les enfants « agréables et consciencieux » avaient plus de chance de bénéficier d’un traitement de faveur que les autres. Le combo fille + agréable et consciencieuse est donc le profil type de l’enfant favorisé, selon cette étude. « L’équipe affirme qu’il est possible que les parents considèrent ces derniers comme plus faciles à gérer, les traitant plus favorablement en raison de leur fiabilité et de leur sens des responsabilités », souligne Discover Magazine .
Le favoritisme peut notamment être influencé par d’autres facteurs comme l’âge des enfants et le sexe des parents. « Cela peut être lié à plein de choses, comme les traumatismes infantiles des parents ou la place dans la fratrie de l’enfant, mais aussi celle du parent », analyse Fanny Lefevre Pontalis. En disant cela, elle va à contre-courant de l’étude qui affirme que le favoritisme parental ne semble ni lié à la position dans la fratrie, ni au tempérament de l’enfant.
Un effet sur la santé des enfants
Cependant, le favoritisme, même inconscient, pourrait avoir des effets néfastes sur la santé des enfants. « Des études montrent que les enfants bénéficiant d’un traitement de faveur de la part de leurs parents ont tendance à avoir une meilleure santé mentale et des relations plus saines, tandis que les enfants non favorisés ont tendance à avoir un esprit et des relations moins sains, ainsi qu’une réussite scolaire et des capacités d’autorégulation réduites », met en garde le média Slate.
« Il est important de noter que cette recherche est corrélationnelle : elle ne nous dit donc pas pourquoi les parents privilégient certains enfants, précise Alexander Jensen, auteur de l’étude et professeur associé à l’université Brigham Young. Cependant, elle met en évidence des domaines dans lesquels les parents pourraient devoir être plus attentifs quant à leurs interactions avec leurs enfants », résume-t-il.
« C’est quelque chose qui évolue »
Un point de vue partagé par Fanny Lefevre Pontalis, qui assure que l’important dans ce genre de situation, c’est de le conscientiser pour ensuite pouvoir agir. « Parfois, un parent va créer une fluidité relationnelle avec un de ses enfants et ça ne s’explique pas. C’est comme quand on se fait des amis, des fois, il y a une intense connexion sans qu’on puisse expliquer pourquoi », fait remarquer la psychologue.
« Mais ça n’a rien de grave, c’est tout à fait normal. Et puis, ça n’est pas un sentiment figé dans le temps. C’est quelque chose qui évolue », rassure Fanny Lefevre Pontalis. Quoi qu’il en soit, si ce sentiment de jalousie se fait ressentir de manière trop importante, le mieux est d’aller consulter un(e) psychologue pour mettre les choses à plat.
Source : Ouest France