Sieste : un plaisir quotidien… mais aussi un possible signal d’alerte pour le cerveau ?
Longtemps présentée comme bénéfique pour l’organisme, la sieste est aujourd’hui au cœur de nouvelles interrogations scientifiques. Si elle contribue à réduire le stress et à améliorer la concentration, certaines habitudes de sommeil pourraient aussi constituer un indicateur précoce de troubles cognitifs. Des travaux menés à Université de Montpellier, notamment par la chercheuse Clémence Cavaillès, ont exploré le lien entre sommeil, sieste et risque de démence. Publiées dans des revues spécialisées comme Age and Ageing et Alzheimer’s Research & Therapy, ces recherches reposent sur le suivi de plus de 9 000 seniors sur une période de 14 ans.
Les résultats mettent en évidence une corrélation significative : les personnes souffrant de somnolence diurne excessive présentent un risque de démence accru de 40 à 60 %. De plus, une augmentation progressive de la durée ou de la fréquence des siestes pourrait précéder l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Ces observations s’expliquent en partie par l’évolution naturelle du sommeil avec l’âge. Selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance, celui-ci devient plus léger et fragmenté au fil des années. Toutefois, lorsque ces troubles s’accompagnent de somnolence persistante, d’insomnies ou de siestes prolongées, ils pourraient traduire une altération du fonctionnement cérébral.
Les spécialistes soulignent néanmoins que toutes les siestes ne sont pas à risque. Des pauses courtes, de 15 à 30 minutes en début d’après-midi, restent bénéfiques pour la vigilance et la récupération. En revanche, des épisodes fréquents de somnolence ou des siestes dépassant une heure doivent inciter à la vigilance, surtout s’ils s’accompagnent de troubles de la mémoire, de désorientation ou de changements de comportement. Sur le plan biologique, le sommeil joue un rôle essentiel dans l’élimination des déchets cérébraux, notamment les protéines impliquées dans les maladies neurodégénératives.
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Lorsque ce mécanisme est perturbé, ces substances peuvent s’accumuler, entraînant des lésions neuronales. Le cerveau chercherait alors à compenser en augmentant les phases de repos, sans pour autant améliorer la qualité du sommeil. Ces travaux ouvrent ainsi de nouvelles perspectives en matière de prévention. Les chercheurs estiment que l’analyse des habitudes de sommeil pourrait, à terme, devenir un outil simple de dépistage précoce des troubles cognitifs. Ils rappellent toutefois que ces symptômes peuvent aussi être liés à d’autres facteurs, comme certains traitements médicaux, l’apnée du sommeil ou encore la dépression.