'Dërëm ak Ngërëm' : le Mouridisme, le travail, la réussite et la grâce…

"Dërëm ak Ngërëm" de Djiby Diakhaté et de Cheikh Gueye pourrait être résumé comme la recherche effrénée du licite dans ce bas-monde, s’épanouir spirituellement, être utile, servir sa société pour avoir l’agrément de Dieu. Ce qui sous-tend une diptyque : le travail et la foi, le travail dans la foi, fondement de toute la vision de Cheikh Ahmadou Bamba. Notes de lecture.

Dërëm ak Ngërëm'

Le livre « Dërëm ak ngërëm », comme le titre l’indique, explique « la philosophie du développement intégral dans la Muridiyya ». Les auteurs de cette œuvre Djiby Diakhaté et Cheikh Gueye dans une démarche qui épouse la rigueur des chercheurs qu'ils sont, sont allés puiser à la bonne source-avec une méthodologie et une approche rigoureuse-, ce qui fait la particularité de Cheikh Ahmadou Bamba. Celui-ci « a cherché, énoncé et pratiqué un soufisme installé au confluent de l’élévation spirituelle et de la transformation qualitative du cadre de vie de l’homme», écrit le préfacier Serigne Ahmadou Badawiyou Mbacké.

Dans « Dërëm ak Ngërëm », il y a d’abord un constat alarmant dés l’introduction : « le paradoxe d’un système économique à la fois hyper productiviste et générateur de pauvreté est depuis longtemps dénoncé… Le paradoxe suprême est que les pays du Sud qui en sont victimes l’ont signé tout en subissant les affreuses conséquences », notent Diakhaté et Gueye.

Ou encore : « soixante deux ans après la vague des indépendances, le continent peine à assumer sa souveraineté politique. (…) les pays du Nord profitent de la faiblesse de légitimité sociale pour leur imposer leur agenda et leurs priorités ». Autre constat : « la soumission aux institutions multilatérales et à leur logique globalisante traduit le manque de vision et de pensée propre adossée aux intérêts spécifiques du continent ».

Ensuite une solution. Évoquant la grave crise de la Covid-19, les auteurs sont d’avis que cette pandémie est « une opportunité de penser ce Nouveau Monde à venir en prenant le recul historique et philosophique dans lequel les enseignements islamiques et soufi de Cheikhoul Khadim peuvent favoriser le retour à l’essence de l’existence de la vie sur terre ». La « recherche de deux bonheurs (dans le monde et dans l’au-delà) est inter reliée et définit l’éthique du travail mouride», apprend-on dans ce livre.

« La finalité du « dërëm » (argent) et ngërëm ( grâce et rémunération dans l’Au-delà) ». Une invite à « un ajustement aux valeurs islamiques et à leur quête d’un destin collectif et bienfaisant pour la famille, la parentéle, les humains et leur environnement ». La Muridiyya a surgi comme un nouveau projet de société dans un contexte historique marqué par la résistance des populations à une occupation coloniale violente, assimilationniste et extractiviste, notent les auteurs dans leur « histoire d’une nouvelle utopie pour la société wolof ».

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Une démarche qui consiste avant tout à « assimiler le travail à la prière » pour « en faire un acte religieux » et « mettre en exergue » la « dimension religieuse » du travail. «…la Muridiyya a apporté une contribution capitale à la promotion de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la culture d’entreprise, culture qui influe positivement sur la production des entreprises avec notamment l’adoption par les travailleurs concernés d’un comportement productif », enseignent Djiby Diakhaté et Cheikh Gueye.

La formation, la voie royale du Cheikh

La finalité de Serigne Touba est de « former l’homme sur la base de valeurs positives et compétitives pour en faire un être achevé ou accompli capable de conduire la société et l’économie vers le progrès ». Ce qui signifie que le Mouridisme se veut « caisse de résonance des préceptes islamiques, le guide celui qui balise le chemin par lequel doivent passer les disciples pour accéder Dieu ».

Les auteurs précisent que « la spécificité de la confrérie réside dans l’interprétation et l’adaptation des préceptes islamiques au contexte historique et culturel auquel appartient Cheikh Ahmadou Bamba lui-même ». Ils rappellent ces vers du Cheikh contenus dans « la voie du Salut » : « c’est une obligation pour le croyant de rechercher des biens licites. mm recherche du licite est une forme de Jihad ».

A travers sa conception du travail, al amal et de la Xidma, Cheikh Ahmadou Bamba offre « une vision de développement basée sur les valeurs de l’Islam soufi, écrivent Cheikh Gueye et Djiby Diakhaté. « La xidma qui est un terme très usité dans les milieux mourides, signifie entre autres, rendre service à quelqu’un dans l’espoir d’obtenir l’agrément de Dieu… », renchérissent-ils. Selon eux la Mouridoéconomie est celle du développement. Cela, dans la mesure où « l’économie mouride est une économie pour un développement intégral de l’humanité répondant à ses besoins de vie et dans le même temps pour lui permettre de rester dans l’agrément d’Allah swt». D’ailleurs, à la page 116, il est souligné que l’un des premiers modèles d’opérateur économique mouride Cheikh Anta Mbacké, est appelé « Boroom dërëm ak ngërëm » (celui qui a de l’argent et les grâces). « La recherche simultanée du dërëm et du ngërëm est le fondement de l’entrepreneuriat mouride», tranchent les auteurs. Aussi faut-il aller « au contact de nouvelles frontières ».

Le premier territoire de la confrérie fut rurale, rappellent Diakhaté et Gueye. « La construction territoriale des Mourides a comme capitale Touba, mais comporte d’autres points forts au Sénégal et dans le monde (page 138)." En tout cas, concluent les auteurs de Dërëm ak ngërëm , « la force des Mourides, c’est autant leur capacité à s’adapter à l’étranger que leur faculté à se recentrer symboliquement et concrètement sur le lieu saint de Touba, à jouer dans ces entre-deux pour valoriser et légitimer une certaine pratique nomade du religieux ».

Ce livre écrit dans un style digeste, avec de solides références, est une source précieuse pour l’histoire du Mouridisme, pour l’histoire tout court. Les auteurs, de brillants intellectuels mourides ont été à la hauteur. Dërëm ak Ngërëm pour tout le monde. Bon Magal.

Gueye C., Diakhaté D. 2022- Dërëm ak Ngërëm : La philosophie du développement intégral dans la Muridiyya.

L’Harmattan, 2022, 175 pages

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