Son dossier judiciaire est définitivement clos. Aucune infraction n’est désormais retenue contre Ndèye Saly Diop Dieng, ancienne ministre de la Femme, de la famille, du genre et de la protection des enfants sous le régime du Président Macky Sall. La justice sénégalaise l’a blanchie des accusations de malversations supposées dans sa gestion des fonds Covid-19.
« Cette procédure m’a renforcée »
Interrogée par L'OBS après ce non-lieu, Ndèye Saly Dieng déclare : "J’ai accueilli cette décision de non-lieu avec beaucoup de soulagement, mais sans surprise. Au fond de moi, je savais qu’il ne pouvait en être autrement. J’ai toujours cru en mon innocence et j’ai toujours eu confiance en la manifestation de la vérité. Je tiens à remercier chaleureusement tous les parents, à Dakar, au Ndiambour et au Cayor, ainsi que tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien, leurs prières et leur confiance durant ces mois éprouvants. Leur affection et leur constance m’ont profondément touchée. Je suis et je resterai une républicaine convaincue, croyant fermement en la justice de mon pays. Nous avons des magistrats dignes, compétents et bien formés, qui rendent leurs décisions en toute indépendance, sans se laisser emporter par les vents de la politique. Cette épreuve n’a fait que renforcer ma foi dans nos institutions et dans les valeurs de la République. Aujourd’hui, je regarde l’avenir avec sérénité et détermination, animée par le seul souci de servir mon pays avec honneur et responsabilité."
Elle ajoute : "comment un ministre qui n’a aucune responsabilité financière directe dans l’engagement des dépenses peut-il se retrouver inculpé pour des faits de détournement de deniers publics ? Par ailleurs, la Cour des comptes – dont la mission est précisément le contrôle et l’audit des comptes – n’a jamais sollicité l’ouverture d’une information judiciaire à mon encontre. Je n’avais d’ailleurs jamais été entendue auparavant, aucune enquête ne m’avait concernée avant ma présentation devant la Commission d’instruction de la Haute Cour de Justice. Le jour même de l’audience d’inculpation, j’ai été placée sous contrôle judiciaire sans qu’aucune question ne me soit posée."
"Il faut supprimer la Haute cour de justice"
Elle rembobine : "En matière de détournement de deniers publics, le juge est lié par le réquisitoire. Il m’a donc été donné le choix entre un mandat de dépôt et un cautionnement, en application du réquisitoire du Procureur. Je rappelle que, dans le cadre de la Haute Cour de Justice, l’accusation est portée par les députés. Ceux-ci appartiennent aujourd’hui à la majorité parlementaire. Cette situation interroge nécessairement sur l’équilibre et la perception d’impartialité du dispositif. Je pense qu’il est temps d’engager une réflexion sérieuse sur l’avenir de cette juridiction, voire sa suppression ou, à tout le moins, sa réforme profonde. Ce qui devait constituer un privilège de juridiction apparaît, dans les faits, moins protecteur que les juridictions de droit commun...."
Elle poursuit : "Cette procédure ne m’a pas affaiblie ; elle m’a renforcée. Elle m’a permis de mesurer, avec une grande émotion, l’ampleur du soutien dont je bénéficie. Jamais auparavant, je n’avais reçu autant de marques d’affection, d’encouragement et de solidarité. Les vidéos de soutien des femmes de Grand-Dakar sont même devenues virales (rires). Cela m’a profondément touchée. Au-delà de l’anecdote, cela témoigne d’un attachement sincère et d’une confiance qui me vont droit au cœur. Je ne cesserai de remercier les femmes, les jeunes, les anciens, ainsi que tous mes parents et soutiens à Dakar comme dans tout le Sénégal. Leur mobilisation spontanée m’honore et m’oblige. Cette épreuve m’a confirmé une chose : le lien avec les populations est plus fort que les turbulences politiques. Et c’est ce lien qui reste l’essentiel."