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"Bété Bété", "Famille sénégalaise"... : entre incohérence narrative et jeu d'acteurs peu naturel

Les séries sénégalaises, comme « Bété-Bété », « Familles sénégalaise », « Xalisso » (…) présentent des incohérences souvent liées au manque de cohérence narrative, au jeu des acteurs parfois jugé peu naturel, et à des scénarios qui s'étirent avec des intrigues répétitives ou des résolutions peu crédibles. Décryptage !
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Dans la série «Bété-Bété», au lendemain de sa nuit de noces, la jeune épouse apparaît en larmes. La jeune fille est submergée par la peur et l’angoisse. Elle n’a pas saigné alors qu’elle se disait vierge. Cette absence devient pour elle une menace immédiate. Dans un contexte social où la virginité reste un marqueur sensible, parfois violent, elle craint les représailles, le rejet, l’humiliation. Tout, dans cette séquence, aurait dû donc traduire l’épuisement. La panique et la fragilité d’une jeune femme au bord de l’effondrement, physiquement et psychologiquement marquée par une nuit blanche et une angoisse persistante, devaient être représentées. 

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Pourtant, décrit L'OBS, l’image proposée à l’écran rompt brutalement avec la gravité du moment. Tissage parfaitement plaqué, maquillage intact, teint uniforme, extensions de cils impeccables. Aucun signe visible de fatigue, de sueur, de désordre ou de tension corporelle. Le visage est lisse, presque figé. Elle semble être loin de l’état émotionnel que la scène est censée traduire. Ici, l’esthétique semble prendre le pas sur la logique émotionnelle.

Celle-ci affaiblit considérablement la portée dramatique de la séquence. Elle crée ainsi une dissonance entre le récit et ce que le spectateur perçoit à l’écran. Sur les réseaux sociaux, cette incohérence n’échappe pas aux téléspectateurs. Elle suscite de nombreuses réactions. «Il faut valoriser le naturel surtout chez les actrices», écrit un internaute. «Il faut beaucoup de réalisme dans les séries sénégalaises. Il y a trop d’incohérences dans les séquences», lâche un internaute repris par L'OBS.

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Mais au-delà de cette scène précise, le problème semble plus profond et surtout structurel. Il renvoie à une tendance récurrente dans plusieurs productions sénégalaises. Dans nos productions locales,  il y a une esthétisation excessive des corps, même lorsque le récit exige l’inverse. L’exemple de Sokhna Bator, dans la série «Famille sénégalaise», reste, à ce titre, l’un des plus marquants. Le personnage est censé avoir vécu une succession d’événements d’une extrême violence. Violée, poursuivie dans la nuit, elle chute dans un puits et y trouve la mort.

Pourtant, l’image censée représenter la défunte la montre soignée, maquillée, presque sereine. La coiffure est intacte, le visage propre, les traits apaisés. Une seule larme tente d’horrifier la scène. Mais l’ensemble demeure en total décalage avec la brutalité du drame raconté. Cette manière de lisser la souffrance interroge profondément sur la représentation de la violence et du trauma à l’écran.

Des personnages démunis qui utilisent des téléphones dernier cri

La douleur est suggérée par les dialogues, parfois par la musique, mais rarement incarnée physiquement. D’autres scènes de deuil, dans plusieurs séries sénégalaises, obéissent au même schéma. Des personnages, censés être anéantis par la perte d’un proche, apparaissent impeccablement coiffés et maquillés, parfois quelques heures seulement après l’annonce du décès. Les yeux sont cernés artificiellement, mais le reste du visage demeure parfaitement maîtrisé. La douleur est verbalisée, parfois criée, mais rarement ressentie à travers le corps. Le spectateur entend la souffrance, sans toujours la voir. 

Cette incohérence se retrouve également dans la représentation de la précarité sociale. Il n’est pas rare de voir des personnages, décrits comme démunis, vivant dans des conditions difficiles, utiliser des téléphones dernier cri ou porter des vêtements soigneusement repassés ou arborer des coiffures sophistiquées. De même, certaines scènes censées se dérouler au moment du coucher montrent des femmes déjà maquillées, avec greffages, faux cils et teint parfaitement travaillé. 

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Une fracture entre la fiction et la réalité

Ces détails, en apparence mineurs, finissent par fragiliser l’ensemble du récit. Ils créent une distance entre la fiction et le réel que les séries prétendent pourtant refléter. Dans des œuvres qui revendiquent un fort ancrage social, cette accumulation d’incohérences visuelles devient problématique. Pour le réalisateur El Hadj Cissokho interrogé par L'OBS, ces scènes posent un vrai problème de crédibilité. «Effectivement, quand on regarde une scène comme ça, elle est gênante, parce que tu te dis que, dans la vraie vie, une personne n’est normalement pas aussi maquillée, aussi apprêtée, analyse-t-il. 

Dans des séries qui revendiquent un ancrage social fort, où le réalisme est central dans les dialogues et la construction des personnages, cette rigueur devrait être une exigence constante. Le souci du détail, loin d’être accessoire, participe pleinement à la crédibilité du récit. 

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