Les derniers chiffres de l’Enquête nationale sur l’Emploi au Sénégal (Enes), publiée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), donnent à voir un marché du travail encore sous pression. Au deuxième trimestre 2026, 12 120 496 personnes sont en âge de travailler. Parmi elles, 6 779 717 participent au marché du travail, soit un taux d’activité de 55,9%. Mais cette participation est en léger recul par rapport à la même période de 2025, où elle atteignait 56,5%. Le premier signal d’alerte se trouve dans le niveau d’emploi. L’Ansd chiffre à «41,4% le taux d’emploi au deuxième trimestre». Un niveau en baisse de 0,3 point sur un an, puisque l’indicateur était de 41,7% à la même période de 2025.
35% des 15-24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation
Derrière ce pourcentage, se cache surtout une profonde différence entre les générations : «Le taux d’emploi atteint 57,7% chez les adultes, contre seulement 30,6% chez les jeunes.»19,1% de chômage : un niveau qui reste élevéLe chômage ne décroche pas. Il reste quasiment au même niveau qu’un an auparavant, mais à un niveau élevé. Selon l’Ansd, le taux de chômage élargi s’établit à 19,1%, contre 19% au deuxième trimestre 2025. Une progression limitée à 0,1 point, mais qui traduit la persistance des difficultés d’insertion sur le marché du travail. Et derrière cette moyenne nationale, se cachent de fortes disparités. Le chômage atteint «29,2% en milieu rural, contre 12,6% en milieu urbain».
Les jeunes sont également davantage exposés, avec un taux de «23,5%, contre 14,7% chez les adultes». Les femmes demeurent, elles aussi, davantage touchées que les hommes, quel que soit le groupe d’âges ou le milieu de résidence. L’Ansd précise que le taux de chômage élargi ne se limite pas à la définition stricte du Bureau international du travail (Bit). Il inclut également les personnes sans emploi qui sont disponibles pour travailler, mais qui ne recherchent pas activement un emploi, notamment parce que cette recherche est particulièrement difficile dans un marché du travail peu structuré. Au sens strict du Bit, le chômage ressort ainsi à seulement 3,2%.
C’est probablement le chiffre le plus révélateur de cette photographie du marché du travail. Au Sénégal, «35,3% des jeunes, âgés de 15 à 24 ans, sont considérés comme Neet, c’est-à-dire qu’ils ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation». Autrement dit, plus d’un jeune sur trois se retrouve en dehors de ces trois principales voies d’insertion. Et la situation s’est détériorée en une année. La proportion de Neet était de 32,8% au deuxième trimestre 2025. Elle a donc progressé de 2,5 points en un an. Le phénomène est encore plus marqué dans les campagnes. En milieu rural, «46,3% des jeunes de 15 à 24 ans sont Neet, contre 27,5% en zone urbaine. L’écart atteint 18,8 points».
Le facteur genre accentue également la fracture : «40,4% des jeunes femmes sont concernées contre 29,4% des jeunes hommes.» Autre enseignement majeur de l’enquête : lorsqu’il y a emploi, celui-ci est largement porté par le travail indépendant. Au deuxième trimestre, «60,8% des personnes occupées sont des travailleurs indépendants». Cette catégorie comprend notamment les travailleurs pour compte propre, qui représentent 59,8%, et les employeurs 1%. Les salariés représentent, eux, 30,4%, tandis que les travailleurs familiaux comptent pour 8,5%. Cette réalité est particulièrement marquée chez les femmes.
La proportion de travailleuses indépendantes atteint 69,1%, contre 55,9% chez les hommes. A l’inverse, les hommes sont davantage représentés parmi les salariés : 34,4%, contre 23,7% chez les femmes. Le salariat, justement, recule dans sa part relative. Il représente 41% de l’ensemble des emplois, contre 42,6% un an auparavant, soit une baisse de 1,6 point. Là encore, le territoire fait la différence : l’emploi salarié représente 45,2% en milieu urbain, contre 32% en zone rurale. Femmes, jeunes, ruraux : les mêmes lignes de fracture. Les différents indicateurs convergent vers les mêmes catégories vulnérables. Les hommes participent davantage au marché du travail que les femmes, aussi bien en ville qu’à la campagne. Le taux de participation atteint 65,7% chez les hommes en milieu urbain, contre 48% chez les femmes ; en zone rurale, il est de 63,1% contre 46,5%.
La conclusion de l’Ansd est sans ambiguïté sur les principales lignes de fracture : les niveaux d’activité et d’emploi sont plus élevés chez les hommes, les adultes et en milieu urbain. À l’inverse, le chômage touche davantage les populations rurales, les femmes et les jeunes. Et la proportion de Neet demeure particulièrement élevée chez les jeunes ruraux et les jeunes femmes. Cette photographie du deuxième trimestre 2026 dessine ainsi un marché du travail où le problème ne se résume pas au seul chômage. Il se joue aussi dans la qualité et la stabilité de l’emploi, dans le recul relatif du salariat et surtout dans la capacité à intégrer une jeunesse de plus en plus nombreuse.