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Chute d'un tamarinier, bassin endommagé, rencontre avec les Djinns : la vie de galère de Ouzin Keita

L’artiste Ousseynou Keïta, alias Ouzin Keïta, est empêtré dans une sordide affaire de sextorsion, proxénétisme, drogue et transmission de VIH. L'OBS raconte l’incroyable destin de Ouzin Keita dans un récit très touchant.
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Enfant, on l’obligeait à arpenter les dédales sablonneux de l’Unité 3 des Parcelles Assainies pour se rendre à l’école du coin. Un rituel que Ouzin Keita garçonnet de huit ans détestait par-dessus tout. Les mariages, baptêmes et autres cérémonies du genre devenaient alors pour lui une sorte d’exutoire, un espace où il pouvait oublier son aversion pour les salles de classe. C’est là qu’il se découvre une passion pour la danse. Pour exorciser ses démons de danseur, son grand frère, Eumeudy Keïta, prend une décision radicale : l’envoyer dans une école coranique, loin de Dakar, à Golbé, un village de la région de Diourbel. Là-bas, sa vie va basculer…

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"Gamin, Ouzin Keita, faible d’esprit, est toujours collé aux jupes de ses grandes sœurs, de ses tantes ou de leurs amies"

Dernier enfant d’une famille polygame, Ouzin est le cadet de Pa Keïta et de Mame Fatim Dieng. Sa mère, quatrième épouse du patriarche, a eu avant lui deux garçons et deux filles. Dans des conditions modestes, il grandit dans la commune populeuse des Parcelles Assainies. Très tôt, le jeune garçon développe un instinct de survie sociale et cherche à parfaire son existence tumultueuse. Le gamin, faible d’esprit, est toujours collé aux jupes de ses grandes sœurs, de ses tantes ou de leurs amies, il participe à leurs causeries voluptueuses et s’invite dans les séances de tam-tam.  Quelques cabrioles, des pirouettes devant un cercle de femmes amusées, et le voilà déjà remarqué. Mieux encore, ces petites prestations lui rapportent parfois quelques pièces.

Peu à peu, Ouzin se détache des activités scolaires et enfantines. Il se laisse porter par l’ambiance artistique qui règne autour de lui. «Mon père est d’origine bambara et ma mère est issue d’une lignée de griots. J’ai beaucoup baigné dans la culture de ma mère», confiera-t-il plus tard. Mais cette immersion dans les cercles festifs change progressivement le garçon. Entêté, distrait, imprévisible, il devient une tête à claques, un enfant difficile à canaliser pour ses proches. Ceux-là, désabusés, n’ont d’autre choix que de l’éloigner de ce cercle vicieux. Il se retrouve, confié aux bons soins d’un marabout, Serigne Sangué Ndiaye, chargé de lui refaire une éducation religieuse. Le bonhomme, court sur pattes, dépaysé, ne parvient pas à se faire à sa nouvelle vie dans la campagne diourbelloise. 

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La chute du tamarinier, les djinns, ses fractures et la perte de sa vision

À Golbé, la vie est rude. Loin de Dakar et de ses repères, le jeune garçon peine à s’adapter à cette existence austère. Les journées sont longues, les nuits encore plus. Malgré les visites occasionnelles de sa grand-mère maternelle, la solitude pèse. C’est là qu’il connaît plusieurs épisodes traumatisants. Le premier survient lors de la préparation d’un repas. En soulevant le couvercle d’une marmite d’eau bouillante, il reçoit le liquide brûlant sur les mains et les pieds. Les brûlures sont graves. Faute d’hôpital à proximité, il est soigné par des guérisseurs traditionnels. À peine remis de cet accident, un autre drame survient. Dans un moment d’insouciance, il grimpe au sommet d’un tamarinier. La chute est brutale. Le bilan est lourd : bassin endommagé, pied déboîté, troubles de la vision.

Plus inquiétant, Ouzin est pris d’une sorte d’hystérie. Ses tantes maternelles, Seynabou et Kiné Dieng, s’accordent à dire que depuis cette chute accidentelle, leur neveu n’est plus le même. Il en a gardé des séquelles qui ont fait de lui un névrosé. Ses chances de revoir ne sont plus qu’un mirage optique, tandis que retrouver l’usage de sa jambe et de son bassin, n’est que pure illusion. Toutefois, il aurait pu s’en sortir, s’il était pris en charge médicalement. Une fois de plus, son sort est laissé entre les mains de «magiciens» de la bourgade. Malheureusement, la magie n’a pas opéré. «C’est plutôt une malédiction qui s’est abattue sur l’enfant. Tomber d’un tamarinier relève d’un risque capital. Si on s’en sort, on ne peut pas échapper aux contrecoups mystiques», confient toujours ses tantes interrogées par L'OBS.

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Dans un état de stress post-traumatique, il est revenu auprès des siens à Dakar. Un peu trop tard pour tenter une thérapie à l’hôpital. N’empêche, sa mère le conduit à Fann où le diagnostic est sans appel. Il ne pourra jamais se départir de ses handicaps moteurs et visuels. Pis, il n’est plus seul dans sa tête. Le jeune homme affirme également souffrir de crises de dépression et évoque la présence de deux djinns dans sa vie : l’un malveillant, l’autre protecteur.

Des crises dépressives

Face à ces troubles et aux angoisses répétées de Ouzin, pourchassé par des «esprits imaginaires», sa famille tente de lui redonner un cadre et mise sur sa réinsertion à l’école. Peine perdue… Tel un souffle destructeur qui attise les flammes d’un bûcher, il est happé par des forces surnaturelles. Ouzin entre dans sa période pré-adolescente et n’a d’yeux que pour la danse qui devient un trouble obsessionnel. Ses parents essaient tant bien que mal de l’en délivrer. On essaie de le former à différents métiers : mécanicien d’abord, puis tailleur. Mais ces expériences tournent court. Son esprit reste ailleurs. La danse, encore et toujours.

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