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Fontaines à eau dans les lieux publics : entre accès facilité et interrogations sanitaires

De plus en plus présentes dans les espaces publics, les fontaines à eau répondent à une exigence légale et écologique. Mais des études internationales récentes pointent des risques potentiels liés à leur utilisation, notamment en matière de contamination bactérienne.
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Depuis le 1er janvier 2022, les établissements recevant du public (ERP) accueillant plus de 300 personnes sont tenus d’installer au moins une fontaine à eau potable accessible gratuitement. Cette obligation, inscrite dans la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, vise à favoriser l’accès à l’eau tout en réduisant l’usage des bouteilles en plastique. Dans les faits, la mise en œuvre de cette mesure reste incomplète. Une enquête menée en mai 2025 par des associations de consommateurs révèle qu’à peine plus de la moitié des établissements concernés sont effectivement équipés. Un retard qui interroge sur l’application concrète de cette disposition pourtant présentée comme essentielle.

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Au-delà de la question de l’accessibilité, celle de la qualité de l’eau distribuée suscite également des préoccupations. La réglementation impose aux fabricants de garantir la conformité sanitaire des dispositifs avant leur commercialisation. Toutefois, une fois installées, la responsabilité de l’entretien et du contrôle de la qualité de l’eau incombe aux gestionnaires des établissements. Ces derniers doivent assurer un nettoyage régulier des installations, leur désinfection et le suivi de la qualité de l’eau, éventuellement via des contrats de maintenance. L’eau destinée à la consommation humaine doit répondre à des critères stricts : elle doit être claire, sans odeur, agréable au goût, et exempte de substances toxiques ou de micro-organismes dangereux. Or, plusieurs études scientifiques menées à l’étranger remettent en question la fiabilité de certains dispositifs. Une analyse regroupant une soixantaine de travaux internationaux met en évidence un risque accru de contamination microbienne dans les fontaines à eau, parfois supérieur à celui de l’eau du robinet qui les alimente.

Des recherches menées au Brésil ont ainsi montré que plus des deux tiers des échantillons prélevés dans ces installations contenaient des bactéries coliformes, indicatrices d’une possible contamination. En Suisse, la présence d’une bactérie opportuniste a également été détectée dans près d’un quart des prélèvements. Les scientifiques pointent notamment la formation de biofilms à l’intérieur des dispositifs. Ces amas de micro-organismes se développent sur les surfaces internes des fontaines, notamment dans les tuyaux ou les robinets, favorisés par la stagnation de l’eau et certains matériaux comme le plastique. D’autres facteurs peuvent accentuer les risques, comme une température favorable à la prolifération bactérienne ou un entretien insuffisant des filtres. Les buses de distribution, en contact direct avec les contenants des utilisateurs, constituent également des zones sensibles pouvant favoriser la transmission de germes.

Face à ces constats, les experts appellent à un renforcement des contrôles et à une amélioration des dispositifs techniques. L’utilisation de matériaux plus adaptés, comme l’inox ou le verre, ainsi que l’intégration de technologies de désinfection, sont notamment recommandées. Du côté des usagers, quelques gestes simples peuvent limiter les risques, comme laisser couler l’eau avant consommation ou éviter tout contact entre le récipient et l’embout du distributeur. Par ailleurs, les informations relatives à la qualité de l’eau doivent être accessibles et visibles pour le public. Si les fontaines à eau constituent une avancée en matière d’accès à l’eau potable et de réduction des déchets plastiques, leur fiabilité dépend largement de leur entretien et de leur surveillance. Un enjeu de santé publique qui appelle à la vigilance des autorités comme des utilisateurs.

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