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Hôpital de Kédougou : les familles achètent de l’eau pour laver leurs morts

Une pénurie d'éau frappe l'hôpital Amath Dansokho de Kédougou au point que les familles des patients décédés sont obligées d’acheter de l’eau pour laver leurs morts.
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À l’hôpital régional Amath Dansokho de Kédougou, l'eau est introuvable. Au point que la pénurie d’eau est devenue une urgence sanitaire majeure. Entre coupures quotidiennes, conditions d’hygiène déplorables, le personnel à bout de ressources, a même entamé un arrêt de travail pour alerter sur la gravité de la situation. Les familles des patients décédés sont obligées d’acheter de l’eau pour laver leurs morts.

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«J’ai été obligée d’acheter trois bouteilles de 10 litres d’eau pour laver le corps de ma mère»

Alors qu’elle s’apprêtait à laver le corps de sa mère, décédée à l’hôpital de Kédougou, l’eau s’est brusquement arrêtée de couler. Une accompagnante de malade témoigne, dans les colonnes de L'OBSERVATEUR. «J’ai été obligée d’aller acheter trois bouteilles de 10 litres d’eau pour pouvoir laver le corps de ma mère. Il y avait, juste avant elle, une dépouille accidentée sur la table. Il y avait du sang partout. Vous trouvez ça normal ?», lance-t-elle, la voix tremblante d’indignation. Ce geste, inimaginable dans un hôpital, est pourtant devenu une réalité quotidienne à l’hôpital Amath Dansokho de Kédougou. Ici, cela fait plusieurs mois que l’eau fait cruellement défaut.

«Les toubibs utilisent du gel hydroalcoolique, de l’alcool, parfois même du sérum salé pour se nettoyer»

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Dr K. M. confie : «Exercer dans une structure hospitalière sans eau, en pleine crise sanitaire, est devenu un défi quotidien» . «Au début, l’eau était disponible jusqu’à 22H ou 23H, puis revenait vers 6H du matin. Aujourd’hui, il arrive qu’elle soit coupée dès 13H ou 14H et ne revienne que le lendemain. C’est devenu ingérable», explique le pédiatre. Dans les salles de soins, les scènes sont surréalistes. Au lieu de se laver les mains au lavabo, les soignants se rabattent sur des solutions de fortune. «On utilise du gel hydroalcoolique, de l’alcool, parfois même du sérum salé pour se nettoyer», explique encore le toubib..

A ce rythme, le risque d’infection, notamment en chirurgie, plane en permanence. «Avant chaque opération, le patient doit être lavé. Mais comment faire sans eau ?» Une interrogation en suspens comme une angoisse quotidienne. Dans l’Unité de réanimation, la situation est encore plus critique. Pour pallier la situation, les soignants en sont à acheter eux-mêmes de l’eau minérale pour travailler. Une solution temporaire qui s’éternise depuis un mois et qui a fini de mettre à bout soignants et patients.

Les raisons d'une pénurie d'eau

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La pénurie d’eau à l’hôpital est due, selon le directeur de l’établissement sanitaire, à l’absence de connexion au réseau de l’eau. La structure sanitaire, construite en dehors de la ville, dépend de deux forages, dont le niveau a baissé et dont la capacité est aujourd’hui insuffisante face à l’afflux de patients et à l’extension des activités. «Chaque jour, deux camions citernes, solution provisoire mise en place par le Gouverneur, tentent de combler le déficit, mais les besoins réels (plus de 500 m³ par jour) ne sont pas couverts. La solution durable serait le raccordement au réseau, situé à 4 km, ou la construction d’un troisième forage», explique-t-on.

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