Avant le brassard, les grandes compétitions et les années passées en Europe, il y avait un garçon du quartier, un ballon et un rêve qui semblait encore lointain. Mamadou Cissé, dit Six, vice-président d’Africa Foot, a connu cette période. Ami du père de Cheikhou Kouyaté, il a vu grandir celui dont il allait suivre, parfois avec étonnement, l’ascension dans le football. «Je ne parlerai pas seulement du footballeur, mais du garçon que j’ai vu naître, parce que son papa était un ami», confie-t-il. Au départ, rien ne lui permettait d’imaginer une telle trajectoire.
Le jeune Cheikhou était alors un garçon frêle, loin du joueur puissant qui allait s’imposer dans les duels au plus haut niveau. Mais c’est une autre scène qui reste gravée dans sa mémoire. À l’époque junior, alors qu’il évoluait à l’ASC Yeggo et fréquentait le lycée Blaise Diagne, Kouyaté annonce à ses proches qu’il veut arrêter ses études pour aider son père malade. Une décision qui provoque l’inquiétude de son encadrement, notamment de l’entraîneur Mamadou Dieng et de Vincent Mendy.
Mamadou Ciss, lui, se souvient surtout du regard du jeune joueur. «Je l’ai regardé et j’ai vu une conviction dans ses yeux que ce garçon-là voulait réussir dans le football», raconte-t-il. Il tente alors de le convaincre de poursuivre ses études tout en continuant à jouer. Mais la décision semblait déjà mûrement réfléchie. Pour Kouyaté, le football, plus qu'une passion, représentait un avenir possible et un moyen de venir en aide à sa famille. La suite donnera progressivement corps à cette ambition.
À Yeggo, le jeune milieu de terrain se distingue dans les catégories de jeunes et attire l’attention de plusieurs agents. Les premières expériences à l’étranger, notamment en Grèce et en Turquie, ne débouchent pas immédiatement sur la carrière espérée. Le déclic intervient en Belgique, au FC Brussels, avant son passage à Anderlecht, où il franchit un nouveau palier. L’Angleterre viendra ensuite prolonger son parcours professionnel. Pour le vice-président d’Africa Foot, cette progression n’a pourtant jamais éloigné Kouyaté de ses origines.
Dans le quartier, il reste le même garçon, souriant, accessible et attentif aux initiatives sociales. «Le garçon que j’ai connu, c’est le même que je vois aujourd’hui. Le succès ne lui est pas monté à la tête, il est resté égal à lui-même», insiste-t-il. L’homme retient aussi le sens du partage d’un joueur qui, malgré sa notoriété, continue de soutenir ses amis et de s’intéresser à la vie de son quartier. Le sourire est devenu, à ses yeux, l’une des marques de fabrique de l’ancien international. Une fois sur le terrain, en revanche, le visage change : l’engagement et l’abnégation prennent le dessus. «C’est un garçon qui ne triche pas. C’est comme ça qu’on l’a formé dans le respect du travail, le culte du travail et l’abnégation», explique-t-il.
L’un l’a côtoyé dans le vestiaire des Lions, l’autre l’a accompagné dans ses premiers pas. Khadim Ndiaye et Mamadou Cissé racontent deux périodes différentes de la vie de Cheikhou Kouyaté, mais leurs témoignages se rejoignent sur l’essentiel : le sens du collectif, la loyauté, le travail et l’attachement au Sénégal. Au moment où se referme le chapitre de sa carrière professionnelle, ces deux voix invitent à regarder au-delà des derniers débats. Il reste un parcours, des années de service sous le maillot national et le souvenir d’un homme dont l’histoire a commencé bien loin des grandes scènes européennes.