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Chaque premier dimanche d'avril, une petite ville nichée entre Tokyo et Yokohama devient le théâtre d'un rituel shintoïste unique en son genre. Sculptures géantes, bonbons roses et cortèges hauts en couleur : le Kanamara Matsuri, souvent surnommé « festival du pénis », attire des dizaines de milliers de visiteurs venus assister à une célébration de la fertilité vieille de plusieurs siècles.
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Le 5 avril dernier, les rues du quartier de Daishi, à Kawasaki, se sont remplies d'une foule bigarrée de touristes, de couples et de familles. La foule s'est montrée ravie par l'exhibition ouverte de symboles sexuels que propose chaque année ce festival de printemps.

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Un sanctuaire dédié aux forgerons devenu lieu de pèlerinage inattendu

Le Kanamara Matsuri se déroule au sanctuaire Kanayama, un modeste temple shintoïste consacré à Kanayama Hikonokami et Kanayama Himenokami, les divinités protectrices du travail des métaux, selon les précisions du site Essential Japan. Ce couple divin est également invoqué pour la protection de la santé sexuelle et le bon déroulement des accouchements, deux dimensions qui expliquent la vocation particulière du lieu.

L'origine du rite remonte à la période d'Edo (1603-1868). Une légende, relayée notamment par le site Tokyo Cheapo, raconte l'histoire d'un démon tombé amoureux d'une jeune femme et caché en elle, qui aurait mordu à deux reprises le sexe de son époux lors de leur nuit de noces. Un forgeron aurait alors fabriqué pour elle un phallus de métal, qui aurait brisé les dents du démon et l'aurait chassé pour de bon. L'objet aurait ensuite été consacré au sanctuaire en souvenir de cet épisode.

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Des travailleuses du sexe de l'époque d'Edo aux touristes d'aujourd'hui

Historiquement, ce sont les travailleuses du sexe des maisons de thé environnantes qui venaient prier à Kanayama pour se protéger des maladies vénériennes, rapporte Kanpai. Ce lien ancien avec la protection contre les infections sexuellement transmissibles s'est perpétué : dans les années 1980, les fidèles ont commencé à se rendre au sanctuaire dans l'espoir de se prémunir du Sida, selon l'office du tourisme japonais Japan Travel. C'est à cette période que la notoriété du festival a commencé à dépasser le cadre du quartier.

Aujourd'hui, l'événement conserve cette dimension de santé publique : les bénéfices tirés de la vente d'objets à l'effigie phallique sont reversés à la recherche sur le VIH, précise Tokyo Cheapo.

Trois palanquins et une parade haute en couleur

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Le point culminant de la journée reste la procession de trois mikoshi, des palanquins traditionnels portés à bout de bras par les participants. Le site Hey Japan en détaille la composition : le Kanamara Mikoshi abrite un phallus de bois et constitue le plus ancien des trois ; le Kanayama Boat Mikoshi présente une sculpture en fer noir montée sur une base en forme de bateau ; l'Elizabeth Mikoshi, enfin, arbore un imposant phallus rose, offert par le club de travestis « Elizabeth Kaikan » et devenu, au fil des années, l'attraction la plus photographiée du cortège.

Le défilé s'accompagne de tambours taiko, de chants et d'effigies vendues sous toutes les formes : bonbons, bougies, sucreries et même des radis daikon sculptés en forme phallique, une animation proposée en marge du parcours principal selon Tokyo Cheapo.

Un message de désacralisation autour de la sexualité

Au-delà du folklore, les organisateurs revendiquent une portée qui dépasse le simple divertissement. Interrogé par l'AFP, Hiroyuki Nakamura, prêtre en chef du sanctuaire qui accueille le festival, a expliqué espérer que l'événement contribue à défaire l'idée selon laquelle le sexe serait quelque chose de mauvais ou de sale.

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Cette ambition prend un relief particulier dans le contexte démographique japonais. L'agence de presse rappelle qu'en février 2026, des données préliminaires publiées par le ministère de la Santé ont fait apparaître une dixième année consécutive de baisse du taux de natalité au Japon.

Le prochain Kanamara Matsuri se tiendra le 4 avril 2027, toujours selon la règle immuable du premier dimanche du mois, à quelques encablures de Tokyo.

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