Publicité
Après douze ans à la tête du Sénégal puis une présidence de l'Union africaine, Macky Sall brigue le poste de secrétaire général des Nations unies. Sa candidature, déposée en mars 2026 par le Burundi au nom de l'Union africaine, s'inscrit dans une course où se croisent un texte de loi resté sommaire, des usages diplomatiques bâtis sur huit décennies et les tensions du Sénégal d'après 2024.
Publicité

Un texte de loi sobre, une pratique qui en dit plus

Publicité

La Charte des Nations unies ne consacre que quelques lignes à la nomination du secrétaire général. L'article 97 confie à l'Assemblée générale le soin de le nommer, sur recommandation du Conseil de sécurité. Les articles suivants énoncent son indépendance et posent trois exigences : compétence, intégrité et impartialité. Rien de plus sur la manière de départager les prétendants.

C'est la pratique qui a comblé ce silence. Le 5 septembre 2025, l'Assemblée générale a adopté la résolution 79/327 sur la revitalisation de ses travaux, qui organise des dialogues interactifs publics avec chaque candidat, la publication d'une déclaration de vision, d'un curriculum vitae et d'informations sur le financement des campagnes, conformément à l'article 97 de la Charte des Nations Unies. Le texte rappelle aussi la recherche d'un équilibre entre les genres et les régions.

Un fait mérite d'être répété tant il est oublié : le secrétaire général n'est pas élu au suffrage universel des États. Le Conseil de sécurité garde la main ; aucune candidature n'aboutit sans sa recommandation. Les cinq membres permanents, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie, disposent chacun d'un droit de veto qui transforme la recherche du consensus en condition de survie du dossier.

Une coutume non écrite : la rotation des continents

Publicité

Contrairement à une idée répandue, aucun principe de rotation géographique ne figure dans la Charte. L'article 97 ne mentionne aucun continent. C'est l'usage, construit au fil des mandats, qui a fait se succéder à ce poste des personnalités venues d'Europe, d'Asie, d'Afrique puis d'Amérique latine. Cette habitude ne lie personne, mais elle pèse sur les discussions entre délégations au moment de choisir un nom.

Ce que Macky Sall met sur la table

Douze ans à la tête de l'État du Sénégal, de 2012 à 2024, valent à Macky Sall une connaissance directe du fonctionnement des relations internationales. Sa présidence de l'Union africaine l'a placé au centre des négociations sur la paix, le développement durable et le financement climatique. Sa présence aux sommets du G20, aux assemblées de l'ONU et aux Conférences des parties sur le climat (COP) constitue une expérience réelle des tractations multilatérales, partagée à des degrés divers par les autres personnes en lice.

Les obstacles qui se dressent devant lui

Le premier tient au genre. La résolution 79/327 appelle les États à présenter des candidatures féminines et rappelle qu'aucune femme n'a jamais occupé le poste. Sur les six personnes retenues pour les dialogues interactifs organisés au printemps 2026, quatre sont des femmes : l'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, la secrétaire générale de la Cnuced Rebeca Grynspan, l'ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères María Fernanda Espinosa Garcés et la représentante permanente du Guyana Carolyn Rodrigues Birkett. Les deux hommes en lice sont Macky Sall, ancien président du Sénégal, et Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Publicité

En avril 2026, au lancement de ces auditions publiques, la présidente allemande de l'Assemblée générale, Annalena Baerbock, a situé l'enjeu : selon elle, ce choix a des conséquences d'une portée très vaste qui résonnent bien au-delà de ce bâtiment. Elle a ajouté que ce choix dirait si l'organisation servait de façon réelle les huit milliards de personnes qui la composent, dont la moitié sont des femmes et des filles.

Le second obstacle tient à l'expérience acquise à l'intérieur même du système. Rebeca Grynspan ou Rafael Grossi dirigent depuis des années une agence des Nations unies, ce qui leur donne une familiarité avec les rouages du secrétariat qu'un ancien chef d'État ne possède pas d'emblée. La campagne ne se limitera donc pas aux mérites individuels : elle dépendra de la capacité de chaque candidat à construire un accord entre délégations, en particulier auprès des membres permanents du Conseil de sécurité.

Le retour au Sénégal, un décor qui compte

Le contexte sénégalais ajoute au dossier un relief propre. Le départ de Macky Sall du pouvoir, en 2024, après l'élection de Bassirou Diomaye Faye, a ouvert une période de tensions entre les nouvelles autorités et l'ancien président. Faye et son premier ministre Ousmane Sonko reprochent à Macky Sall la répression des manifestations survenues entre 2021 et 2024, qui a fait plusieurs dizaines de morts, et la dissimulation de données économiques, dont la dette publique.

Cette opposition intérieure a rejailli sur la scène continentale. Présentée par le Burundi au nom de l'Union africaine plutôt que par le Sénégal lui-même, la candidature de Macky Sall n'a pas obtenu le soutien de l'organisation panafricaine : une vingtaine d'États membres s'y sont opposés lors du sommet de mars 2026.

Publicité

Rien de tout cela ne constitue un critère juridique de sélection au sens de la Charte. Mais la trajectoire politique d'un candidat à une fonction de cette nature s'observe rarement dans un cadre clos, et certains partenaires internationaux peuvent y voir un signal parmi d'autres.

Le dossier de Macky Sall réunit deux histoires qui ne racontent pas la même chose. Celle d'un ancien président rodé aux négociations internationales et à la diplomatie africaine. Et celle d'un décor, sénégalais autant qu'onusien, qui multiplie les motifs de prudence : une organisation qui cherche à nommer sa première secrétaire générale, un continent qui ne s'est pas rassemblé derrière son nom, un pays d'origine qui le juge de deux façons opposées. L'issue de cette candidature tiendra sans doute moins aux mérites propres du candidat qu'à la capacité des délégations à s'entendre, dans le secret des couloirs du Conseil de sécurité, sur un profil jugé capable de fédérer plutôt que de diviser.

Alioune Badara Diouf, chercheur en sciences politiques, école doctorale Sciences juridiques, politiques, économiques et de gestion ; assistant de recherche, Laboratoire des études sociales (LABES), IFAN ; diplômé du Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS)

Email : aliounebadara8991@gmail.com

Publicité