Les 18 supporters sénégalais arrêtés le 18 janvier dernier au stade Prince Moulay Abdellah, puis placés en détention provisoire à Rabat pour des faits de «hooliganisme», de violences contre les forces de l’ordre et de dégradation de biens publics, seront jugés en appel lundi prochain. Dans ce dossier disciplinaire faisant suite aux incidents de la finale de la Can 2025 entre le Sénégal et le Maroc, les rapports de certains officiels de la Caf ont constitué les pièces à charge centrales.
Le rapport de l'arbitre central
Au cœur de cette machine judiciaire, renseigne L'OBS, il y a les rapports de l'arbitre, Jean-Jacques Ngambo Ndala, du commissaire de match, Ahmed Mohamed Megahed Osman et du coordonnateur de la sécurité, Khaled Lemkecher. Trois documents qui, au-delà du terrain, font office de réquisitoires implacables. L’arbitre de la rencontre, Jean-Jacques Ngambo Ndala, a posé le cadre chronologique des événements dans son rapport transmis aux instances décisionnelles.
Il souligne le lien direct entre la décision arbitrale et l’embrasement : «À la 97e minute, le jeu a été temporairement interrompu suite aux protestations des joueurs et du staff sénégalais contre la décision des arbitres d'accorder un penalty à l’équipe marocaine. Sur instruction de leur entraîneur, Pape Bouna, les joueurs sont retournés aux vestiaires. À leur retour sur le terrain, le responsable de la sécurité nous a demandé d'interrompre temporairement la rencontre en raison de troubles causés par des supporters sénégalais à l’encontre des forces de l’ordre. Le jeu a repris environ 12 minutes plus tard.»
Le rapport accablant du commissaire de match
Ahmed Mohamed Megahed Osman, commissaire du match, abonde dans ce sens en précisant la localisation et la nature des débordements. Son rapport pointe une agressivité ciblée : «Après la décision du penalty à la 90+8e minute, des supporters sénégalais, derrière le but marocain, sont devenus agressifs envers le service de sécurité, ont tenté d’envahir le terrain et ont jeté divers objets sur la pelouse.» Par ailleurs, le commissaire semble avoir adopté une posture de pondération vis-à-vis du camp adverse, minimisant l’infraction commise par les supporters locaux en ces termes : «À la 90+15e minute, un laser a été utilisé par les supporters marocains, pointé sur le gardien de but sénégalais, mais cela n’a duré que quelques secondes.»
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Le réquisitoire accablant de la sécurité
Mais de tous les documents officiels, celui du Tunisien Khaled Lemkecher, coordonnateur général de la sécurité, porte les accusations les plus graves. Son rapport décrit une scène de chaos quasi apocalyptique, insistant sur la violence des contacts physiques : «Lorsque l’arbitre a consulté la VAR pour un éventuel penalty en faveur du Maroc à la 96e minute, au milieu des protestations bruyantes des joueurs et du staff sénégalais, des supporters sénégalais de la tribune sud ont tenté d’envahir le terrain, utilisant une force excessive contre les stadiers et les agents de sécurité. Des supporters sénégalais ont utilisé la deuxième rangée de panneaux LED pour accéder au bord du terrain et commettre des actes d'une extrême violence contre le personnel de sécurité.
Ces incidents ont duré environ 15 minutes, depuis le moment où l'arbitre a décidé de consulter la VAR, même après la reprise du jeu et le penalty accordé au Maroc.» Le coordonnateur conclut sur la nécessité d'une intervention musclée pour ramener l'ordre : «Les supporters sénégalais ont blessé plusieurs membres du personnel de sécurité du stade. Incontrôlables et extrêmement violents, ils ont cherché à se battre avec les agents de sécurité et ont envahi le stade. L'intervention des forces anti-émeutes a été nécessaire pour les maîtriser et sécuriser la zone entre leurs tribunes et le terrain.»
L'impact de ces rapports sur la procédure judiciaire au Maroc est déterminant, car ils ont servi de base factuelle aux poursuites pour «hooliganisme» et ont directement influencé la sévérité des peines prononcées, le 19 février 2026, en première instance. Les descriptions précises contenues dans les rapports, notamment l’usage d'une «force excessive» et les «actes d’une extrême violence» mentionnés par le coordonnateur de la sécurité, ont permis au parquet de Rabat de retenir des chefs d'accusation lourds. Les 18 supporters ont ainsi été poursuivis pour violences contre les forces de l'ordre, étayées par le rapport du Tunisien faisant état de «plusieurs membres du personnel de sécurité blessés».
Le même rapport a fait asseoir l’infraction de dégradation d'équipements sportifs ; en mentionnant l'utilisation des «panneaux LED» pour «envahir le terrain», il a servi de preuve matérielle. La justice marocaine est allée chercher la justification du hooliganisme et du trouble à l'ordre public dans les rapports de l'arbitre et du commissaire qui ont validé la thèse d'une interruption de match causée par les supporters, justifiant l'application de la loi marocaine relative à la violence dans les stades. Le tribunal de première instance de Rabat, lors de son délibéré, s'est appuyé sur ces constats officiels pour justifier des condamnations jugées «incompréhensiblement dures» par la Fédération sénégalaise de football (Fsf). Il a prononcé des peines allant de 3 mois à 1 an de prison ferme, considérant que les rapports des officiels corroboraient les images de surveillance et les rapports médicaux des stadiers blessés. Les amendes (de 1 000 à 5 000 dirhams) ont été indexées sur la gravité des actes de vandalisme décrits par les délégués de la Caf.