Publicité

« Leçons de vie d’un haut fonctionnaire au cœur de l’État » : Pathé NDIAYE tend un miroir à la Nation pour un retour à l’esprit républicain

Publicité

Il y a des témoignages qui dépassent la simple narration personnelle. Ils deviennent des alertes, des repères, parfois même des actes de résistance. Le livre de Pathé NDIAYE, Leçons de vie d’un haut fonctionnaire au cœur de l’État, appartient à cette catégorie rare. À travers plus de trente années passées dans les rouages de l’administration sénégalaise, l’ancien Directeur du Bureau Organisation et Méthodes (BOM) et ex-DG du Port autonome de Dakar livre un récit lucide, sans amertume mais sans complaisance. Il a été aux premières loges des réformes, des hésitations, des virages manqués. Son propos n’est pas celui d’un homme désabusé. C’est celui d’un serviteur de l’État qui a vu l’administration évoluer, se transformer, parfois se dénaturer. Et qui choisit aujourd’hui de partager, non pour juger, mais pour éclairer.

Publicité

Pathé NDIAYE a traversé les couloirs feutrés de l’administration sénégalaise pendant plus de trois décennies. Silhouette discrète mais regard acéré, il n’a jamais cherché les projecteurs. Pourtant, dans ses mémoires, il prend la plume avec la gravité d’un homme qui a vu, compris, et choisi de transmettre. Son livre n’est pas une simple rétrospective. C’est une traversée celle d’un haut fonctionnaire qui a vécu l’État de l’intérieur, dans ses grandeurs comme dans ses dérives.

Mais ce qui frappe, c’est son ton. Ni amer, ni nostalgique. Au fil des pages, Pathé Ndiaye décrit une administration qui, depuis les années 2000, a connu une croissance spectaculaire de ses effectifs et de ses structures. De 65.000 agents en 2000, le Sénégal est passé à plus de 300.000 agents en 2025, secteur parapublic inclus. Une inflation qui ne correspond ni à une hausse proportionnelle des missions, ni à une amélioration de la performance publique. Cette hypertrophie, explique-t-il, a engendré des chevauchements de compétences, des doublons institutionnels, une dilution des responsabilités et une perte de lisibilité dans l’action publique. L’État s’est élargi, mais il ne s’est pas renforcé. Il s’est complexifié, mais il ne s’est pas modernisé.

Pathé NDIAYE ne se contente pas de dénoncer. Il propose. Il appelle à « dégrossir » l’État, à redéfinir ses missions, à transférer au secteur privé national ce qui peut l’être sans renier la souveraineté. Il plaide pour un audit stratégique, pas pour punir, mais pour comprendre. Pour réorganiser. Pour redonner sens. Dans ses pages, on sent l’homme de méthode, mais aussi le citoyen engagé. Il parle de lenteurs, de chevauchements, de lourdeurs. Mais il parle surtout de valeurs. De rigueur. De dignité. De cette éthique du service public qui semble s’effriter, mais qu’il refuse de voir disparaître.

Le récit de Pathé NDIAYE est ponctué de leçons. Pas des leçons magistrales, mais des éclats d’expérience. Il évoque les jeunes fonctionnaires, les réformes avortées, les promesses non tenues. Il tend la main à une nouvelle génération, celle qui devra repenser l’État, non comme un employeur de masse, mais comme un stratège, un régulateur, un garant de l’intérêt général. Pathé NDIAYE ne crie pas. Il écrit. Et dans ses mots, il y a une forme de résistance. Celle d’un homme debout, qui croit encore que l’État peut être juste, sobre, efficace. À condition de le vouloir. À condition de le penser.

Publicité

Derrière l’ouvrage, il y a un appel, un appel à retrouver le sens, un appel à revenir à l’essentiel : servir la République, et non se servir de la République. Le message ne s’adresse pas seulement aux gouvernants. Il s’adresse à chacun de nous. Aux jeunes qui refusent le fatalisme. Aux fonctionnaires qui croient encore à l’éthique du service public. Aux entrepreneurs qui veulent un État stratège, pas tentaculaire. Aux citoyens qui aspirent à une gouvernance sobre, efficace et juste.

Le diagnostic posé par Pathé Ndiaye ouvre naturellement la voie à des réformes profondes. Des réformes qui exigent du courage politique, de la lucidité stratégique et une volonté ferme de restaurer l’esprit républicain. Une République ne tient pas par la taille de son administration, mais par la force de ses principes, elle ne tient pas par la multiplication des structures, mais par la clarté de ses missions, elle ne tient pas par les slogans, mais par le courage de regarder en face ce qui doit changer. Aujourd’hui, nous avons besoin de ce courage, le courage de dire que l’État doit redevenir un arbitre, pas un acteur omniprésent, le courage de reconnaître que la performance publique ne se mesure pas au nombre d’agents, mais à la qualité du service rendu, le courage d’admettre que la République ne peut prospérer que si elle se réforme, se discipline et se recentre.

Revenir à une République forte, sobre et respectée exige des choix clairs :

  • Redéfinir les missions de l’État pour distinguer le régalien du non‑régalien.

  • Rationaliser les structures en supprimant les doublons et en fusionnant les entités redondantes.

  • Professionnaliser la fonction publique par le mérite, la formation continue et l’éthique.

  • Confier au secteur privé national les activités opérationnelles qu’il peut assumer avec efficacité.

  • Digitaliser massivement les services publics pour réduire les lenteurs, les coûts et les zones d’opacité.

  • Instaurer un audit stratégique permanent pour garantir la cohérence, la performance et la transparence de l’action publique.

Ces réformes ne sont pas techniques. Elles sont politiques, morales et républicaines. Elles exigent du courage, une vision, elles exigent une génération prête à dire : la République n’est pas un héritage à consommer, mais une responsabilité à honorer. Le témoignage de Pathé Ndiaye n’est pas un simple retour sur un parcours. C’est une invitation à repenser l’État. Une invitation à retrouver la dignité du service public. Une invitation à reconstruire une République qui inspire, protège et rassemble. Le moment est venu d’écouter ces voix qui ont servi avec loyauté, le moment est venu d’engager les réformes courageuses qui rendront à la République sa force, sa clarté et son sens.

Lansana Gagny SAKHO

Président du Cercle des Administrateurs Publics

Publicité
Publicité
Dernières vidéos
Publicité