L'histoire jamais racontée de Ameth Babou, meilleur élève du Sénégal
Nous sommes en 2019. Ameth Babou est alors en classe de CM2. Ce jour-là, inconsciemment, Diary Sow scellait le destin d'une ambition promise à faire naître un nouveau double lauréat. Huit ans plus tard, l’histoire semble se répéter. Après un premier triomphe en 2025, Ameth Babou est de nouveau désigné Meilleur lauréat du Concours général sénégalais 2026. À seulement 18 ans, le crack du Prytanée militaire totalise 68 points et domine les 117 autres lauréats distingués cette année. Il décroche quatre premiers prix - Français, Citoyenneté et Droits de l’Homme, Dissertation philosophique et Physique - confirmant une rare capacité à briller aussi bien dans les disciplines scientifiques que littéraires. Ces distinctions, aussi éclatantes soient-elles, ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Derrière les applaudissements et les podiums, il y a surtout un rythme de vie austère, fait de nuits écourtées, où le travail déborde largement le cadre des cours. Au Prytanée, une fois les salles de classe vidées, une seconde journée commence. Elle se prolonge souvent tard, jusqu’à une heure, parfois deux heures du matin, au prix d’une fatigue devenue presque familière. Le lycéen ne s’en plaint pas. Il confie : «Cela dépend. Parfois, je travaille jusqu’à 1 heure ou 2 heure du matin. Je suis souvent épuisé le lendemain.» Cette discipline millimétrée trouve illustration manifeste lors de la Tabaski 2025.
Alors que sa famille l’attend à Dakar pour partager ce moment, le génie militaire fait un choix que peu d’adolescents de son âge auraient assumé : Parcourir les quelque 270 kilomètres qui le séparent des siens, c’est perdre près de deux jours de travail. Deux jours qui, dans son esprit, représentent des dizaines d’exercices de Mathématiques, des chapitres de Physique à approfondir, des Dissertations à peaufiner. Au téléphone, la veille de fête, il explique à son père qu’il préfère rester à Saint-Louis, sa ville d’accueil. Quarante-huit (48) heures sans réviser lui paraissent être un luxe qu’il ne peut s’offrir. Une philosophie de vie : chaque heure compte, chaque effort rapproche de l’objectif.
Le revers des performances
Pourtant, sous le vernis de cette trajectoire parfaite, le meilleur élève du Sénégal n’est pas un jeune homme infaillible. La Terminale lui rappelle que même les esprits les plus brillants traversent des zones de turbulences. Lui qui avait presque toujours obtenu des notes supérieures ou égales à 18 en Mathématiques depuis la sixième, voit soudain sa moyenne tomber à 13. Une baisse qui ébranle sa confiance. «J’ai eu des moments de doute», reconnaît-il. Loin de se laisser abattre par ces difficultés, il ne s'isole pas. Lorsque cela arrive, Babou sollicite les conseils de ses aînés, échange avec ses camarades et s’appuie sur un entourage familial qui ne cesse de croire en lui lorsque lui-même vacille.
Au Prytanée militaire, cet accompagnement dépasse largement le cadre des apprentissages. L’établissement lui inculque une culture de l’excellence parmi les plus exigeantes. On y apprend à viser toujours plus haut, à se montrer digne des générations qui ont fait la réputation de l’école. Patriotisme, solidarité, respect de l’autorité, dépassement de soi : autant de valeurs qui façonnent le quotidien des internes et nourrissent leurs ambitions. Le cadre structurant et l'apprentissage de la performance ne définissent pas entièrement Ameth Babou. Sa personnalité transparaît surtout dans ce qu'il dit et, plus encore, dans ses silences calculés. Lui tirer quelques confidences relève presque de l’exercice de patience.
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Les questions se succèdent, les réponses restent mesurées. Sans doute, parce qu’il n’aime pas parler de lui. Il l’énonce sans détours. Moins à l’aise devant un micro, mieux devant une équation. Sauf que, depuis son deuxième sacre, cette réserve est mise à rude épreuve. Les sollicitations médiatiques se multiplient. Caméras, micros et interviews s’enchaînent à un rythme qu’il n’avait jamais connu. «Ce que je n’aime pas par-dessus tout, c’est l’aspect médiatique et la pléthore d’interviews. C’est un peu fatigant et, parfois, j’ai l’impression de répondre de façon clichée.»
À cette exposition, s’ajoute une autre réalité : celle de la pression. Être sacré une première fois est un exploit ; une deuxième fois fait naître une attente permanente. Désormais, chaque résultat est passé au crible et les performances, systématiquement comparées aux précédentes. Une responsabilité qu’il assume avec le même calme qui le caractérise. «Il y a désormais une certaine pression obligeant à toujours rester au plus haut niveau. Mais il est possible de la surmonter si on continue de toujours donner le meilleur de soi-même», affirme-t-il.
Et lorsque les livres se referment enfin, le jeune prodige redevient un adolescent de son temps. Passionné de football, fervent supporter d’Arsenal, il suit avec attention les rencontres des «Gunners» comme celles des «Lions de la Teranga», notamment lors de la Coupe du monde 2026. Épris de lecture, il apprécie aussi les réseaux sociaux et les moments passés avec ses amis. Une parenthèse indispensable avant de replonger dans les raisonnements scientifiques et les Dissertations qui rythment son quotidien.
Quant à son avenir post-Bac, il demeure suspendu aux échanges avec sa famille et la hiérarchie militaire. Rien n’est figé, sinon cette rigueur constante qui guide chacun de ses choix. Une conviction également : mettre son parcours au service du Sénégal. «J’aimerais donner le meilleur de moi-même pour pouvoir servir le Sénégal», confie-t-il. Chez Ameth Babou, se projeter ne signifie jamais rompre, mais prolonger : l’effort, l’exigence et le travail.