Publicité

Perruques et mèches contiennent des molécules cancérigènes, 575 tonnes de cheveux naturels importés au Sénégal

Les mèches, perruques et cheveux naturels utilisés par les femmes sont potentiellement dangereux pour la santé. Ils contiennent des molécules cancérigènes. Voici ce que disent les scientifiques.
Publicité

Des substances chimiques liées au cancer du sein

Publicité

Une étude américaine révèle la présence de 170 substances chimiques dans les perruques, mèches et extensions capillaires, dont 48 classées comme cancérigènes ou perturbateurs endocriniens. Les extensions de cheveux portées par des millions de femmes dans le monde pourraient contenir des substances chimiques liées au cancer du sein, aux dérèglements hormonaux et à des problèmes de reproduction, selon cette étude dont les résultats sont publiés dans le Journal de l'American Chemical Society.

Les cheveux «naturels» ou «vierge» ne sont pas forcément plus sûrs

Parmi ces molécules, on trouve des perturbateurs endocriniens, des pesticides et des retardateurs de flamme. Tous sont connus pour leurs effets néfastes sur la santé : troubles hormonaux, impacts sur la fertilité et, dans certains cas, risques de cancer. Ce qui préoccupe particulièrement les scientifiques, c'est la durée de contact. Ces extensions sont souvent portées plusieurs semaines, en contact direct avec le cuir chevelu. Une exposition prolongée qui pourrait, à long terme, augmenter les risques de développer certains cancers, notamment celui du sein. Et contrairement à une idée répandue, les cheveux dits «naturels» ou «vierge» ne sont pas forcément plus sûrs. Dans certains cas, ils contiennent même davantage de substances chimiques que les produits synthétiques, en raison des traitements subis lors de leur transformation.

Publicité

Le chauffage ou l'immersion dans l'eau bouillante libère des vapeurs toxiques

Les scientifiques mettent également en garde contre certaines pratiques professionnelles. Le chauffage ou l'immersion dans l'eau bouillante peuvent libérer des vapeurs toxiques, exposant non seulement les utilisatrices, mais aussi les coiffeurs. Des irritations, démangeaisons, éruptions cutanées et troubles respiratoires ont déjà été signalés.  Face à ces conclusions, le cancérologue sénégalais Bachir Bâ interrogé par L'OBS, appelle à la prudence. Il rappelle d'abord qu'il s'agit d'une étude environnementale. «À ce titre, ses résultats doivent être interprétés avec beaucoup de pincettes. Il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives ou alarmistes», avance-t-il.

Le spécialiste insiste sur un point crucial : en cancérologie, établir un lien direct de cause à effet est un processus complexe. «On ne peut pas dire que l'utilisation de ces extensions capillaires est à l'origine d'un cancer du sein», martèle-t-il. Il souligne que les facteurs environnementaux ne représentent qu'une faible proportion des causes de cancer. «De manière générale, on estime qu'environ 5% des cancers sont expliqués par des facteurs environnementaux. À cela, s'ajoutent les cancers d'origine génétique, qui représentent entre 5 et 10% des cas», confie-t-il. Pour le cancérologue, l'étude met surtout en évidence la présence de certaines molécules dans les produits analysés. «Les chercheurs ont identifié des composés, mais ils n'ont pas démontré un mécanisme direct menant à un cancer», explique-t-il.

Il reconnaît néanmoins que la présence de ces substances n'est pas anodine. «Trouver ce type de molécules dans des produits utilisés aussi régulièrement signifie qu'il peut exister un risque pour la santé», précise-t-il. Il ajoute que ce risque ne concerne pas uniquement le cancer du sein, les perturbateurs endocriniens étant impliqués dans plusieurs troubles hormonaux ou reproductifs. Mais le docteur met en garde contre toute extrapolation excessive. «On ne peut pas se baser sur cette seule étude pour affirmer qu'il existe un lien fort et direct entre le port de perruques ou de mèches et la survenue d'un cancer du sein. Le lien n'est pas établi. La causalité pose problème dans ce type d'étude.»

Publicité

En 2018, le Sénégal a importé 575 tonnes de cheveux naturels pour 1,115 milliard de FCfa

Alors que le cancérologue Bachir Bâ invite à une lecture mesurée des résultats, l'étude américaine a le mérite de poser une question jusque-là peu explorée : celle de la sécurité chimique des produits capillaires. Elle appelle surtout à une meilleure protection des consommatrices. En 2018, un article de ‘’Jeune Afrique’’ a estimé le poids de l’industrie de 10 à 15 milliards de Dollars. Le Sénégal importe pour 575 tonnes de cheveux humains transformés pour un montant de 1,7 million d'Euros, soit environ 1,115 milliard de FCfa.

Publicité
Dernières vidéos
Publicité