Seuls 10 à 12% de déchets plastiques recyclées
L’urgence écologique fait face au mur des chiffres. Le constat est brutal. Il a été posé sans détour lors de la conférence de lancement de l’escale dakaroise du navire Plastic Odyssey. Au Sénégal, plus de 250 000 tonnes de déchets plastiques produites chaque année, à peine 10 à 12% recyclées, selon les chiffres dévoilés par L'OBS. Et derrière les discours officiels et les engagements affichés, la réalité environnementale sénégalaise reste marquée par une pollution plastique persistante, aux conséquences lourdes sur la santé publique, le cadre de vie et l’économie.
Prenant la parole au nom de l’État du Sénégal, Ibrahima Diagne, conseiller technique du Premier ministre Ousmane Sonko, n’a pas édulcoré la situation. La pollution plastique, a-t-il martelé, constitue aujourd’hui «une réelle bombe écologique», dont les effets s’étendent bien au-delà de l’environnement. Selon les chiffres qu’il a rappelés, «plus de 250 000 tonnes de déchets plastiques sont produites chaque année, pour environ 30 000 tonnes recyclées, soit un peu plus de 10%». Un taux jugé extrêmement faible au regard du potentiel de recyclage et de valorisation. «Malgré les multiples efforts consentis», la loi n°2020-04 du 8 janvier 2020, censée encadrer l’usage des plastiques et promouvoir l’économie circulaire, peine encore à produire des effets visibles à grande échelle.
Plus de 3 millions de tonnes de déchets par an
Le Sénégal produit, selon les chiffres avancés par Ibrahima Diagne, «plus de 3 millions de tonnes de déchets par an», toutes catégories confondues. Sans une montée en puissance industrielle, l’entrepreneuriat vert seul ne suffira pas. C’est dans ce contexte que le projet Sunu Plastic Odyssey, mis en œuvre depuis 2024, est présenté comme une réponse concrète. Soutenu par l’ambassade de France et plusieurs ministères sénégalais, il vise la structuration d’une filière nationale de recyclage. Des résultats sont mis en avant : unités industrielles installées, emplois créés, FabLab universitaire à l’École polytechnique de Thiès, programmes éducatifs, actions de sensibilisation, introduction du tri sélectif au sein du COJOJ.
20 tonnes de plastiques par minute, une pollution invisible
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Autant d’initiatives saluées, mais qui restent encore localisées face à l’ampleur du problème national. Ibrahima Diagne lui-même insiste désormais sur la nécessité de changer d’échelle pour toucher l’ensemble des territoires et sortir d’une logique expérimentale. Les chiffres tombent, implacables. Chaque minute, près de 20 tonnes de plastique se déversent dans l’océan à l’échelle mondiale, rappelle Simon Bernard. Une pollution massive… et pourtant largement invisible.