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"Si tu n'es pas à moi, tu ne seras à aucun homme" : le recit atroce d'un féminicide

Vitriolée en plein travail dans le restaurant où elle exerçait, Astou Pierre a été tuée par son ex-compagnon qui n'a jamais accepter la ruputure.
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Astou Pierre, domiciliée à Liberté 4, à Dakar, est décédée après plusieurs mois d’hospitalisation, à la suite d’une grave agression à l’acide survenue en juin dernier à son lieu de travail, à Amitié 3. Elle a été agressée mortellement par son ex-compagnon Badara, présenté comme le principal suspect. Mobile du crime ? Il n'a jamais accepté la rupture amoureuse. Il est toujours recherché. Il aurait quitté le Sénégal et serait actuellement signalé au Maroc. Quid des circonstances exactes du décès de Astou Pièrre ?

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Les faits remontent au mois de juin dernier. Il est dans le restaurant de Astou Pierre. Les casseroles fument, l'ambiance est au travail. Astou partage un plat avec deux collègues, un moment ordinaire de complicité. Le bruit d’une moto déchire l’air. Son ex-compagnon, Badara arrive. Il appelle Astou. Elle se retourne, de profil. C'est le moment précis choisi par le monstre pour lui projeter un acide si corrosif qu’il «rouille le fer». Le restaurant devient le théâtre d’une scène d’épouvante. Le corps d'Astou s’embrase dans une douleur immédiate, indicible. Une de ses collègues aurait été touchée au pied. Le reste de ses amies hurlent, tentent d’éteindre l'enfer qui ronge sa chair, tandis que le présumé criminel prend la fuite dans un vrombissement de moteur.

S’en est suivi un calvaire de quatre mois. Les brûlures au troisième degré couvrent presque tout son corps. À l'hôpital Fann, entre la réanimation et le service des maladies infectieuses, Astou se bat. Même sur son lit de souffrance, la terreur plane : le fugitif fait savoir qu'il veut finir le travail et lui vitrioler le visage. «Badara disait qu’il n’aura pas la paix tant qu’il ne versera pas de l’acide sur le visage d’Astou-Pierre. Nous avons pris cette menace au sérieux. Nous avions alors fait poster un vigile devant la porte de sa chambre» révèle encore un proche.

Après des greffes et une sortie éphémère, le corps supplicié de la jeune femme a fini par lâcher. «Elle a beaucoup souffert. Elle allait régulièrement à l’hôpital pour les soins». Jeudi soir, après trois jours d’une ultime dégradation, Astou, 40 ans, a rendu son dernier souffle. «Elle a été tuée. C’était un meurtre. Personne ne peut nous l’ôter de la tête», crient ses proches interrogés par L'OBS.

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Son ex-compagnon est un livreur

Livreur
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Pour comprendre l'immensité de ce vide, il faut revenir sur les lieux du crime, là où le destin d'Astou s'est brisé. Près de l’école de Police, les néons du restaurant où elle travaillait éclairent encore le quotidien des passants. C'est ici qu'Astou passait ses journées, entre ses clients et ses fournisseurs. C’est ici qu’elle aurait croisé la route de son futur bourreau, Badara Guèye, alors simple livreur. Un homme à qui elle avait fini par ouvrir la porte de sa vie et celle de sa famille. Il était devenu si proche qu'on ne servait plus le repas à Liberté 4 avant qu’il ne soit assis à table. « Il faisait partie de la famille », rapporte un proche.

«Soumala takoul keine doula dieuriño » (Si tu n'es pas à moi, tu ne seras à personne).

«On ne servait pas le repas avant qu’il ne soit là. Ma mère l’exigeait», renchérit un autre. «Sa présence était devenue une normalité», jette encore quelqu’un d’une voix qui peine à réaliser le monstre derrière l’ami. Parce que derrière les sourires de façade, Badara distillait son venin, répétant cette phrase qui résonne aujourd’hui comme un oracle de mort : «Soumala takoul keine doula dieuriño » (Si tu n'es pas à moi, tu ne seras à personne). Qu’est ce qui a bien pu mal tourner pour arriver à cette menace ? La famille de la défunte ne sait pas. D’ailleurs cette mise en garde était balayée d'un revers de main par tout le monde, par pudeur ou par innocence.

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