"Il y a favoristime dans la distribution de l'aide à la presse"
Le procureur de la République du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar a enclenché un soit-transmis à destination de la Sûreté urbaine, ouvrant ainsi la voie à l’audition du président de l’Ong Jamra. Selon des sources concordantes de L'OBS, Mame Matar Guèye pourrait être entendu dans les prochaines heures, à la Sûreté urbaine. D’après des informations recueillies par L'OBS, le responsable de Jamra est désormais clairement dans le viseur de la Justice. Cette fois, l’affaire s’écarte des combats habituels de l’organisation contre l’homosexualité, pour se concentrer sur des propos tenus récemment lors d’une conférence de presse, portant sur les modalités de répartition de l’Aide à la presse.
A l’origine de cette procédure, des déclarations publiques de Mame Matar Guèye, lui-même, qui, dans une vidéo largement relayée, met en cause une distribution qu’il juge inéquitable d’une enveloppe globale estimée à 1,5 milliard de FCfa. «Il y a eu du favoritisme dans la distribution de l’Aide à la presse», accuse-t-il, convoquant au passage la mémoire du Pr Iba Der Thiam, qu’il dit avoir accompagné dans ses initiatives parlementaires. Il retrace ainsi l’évolution de cette subvention, rappelant qu’elle s’élevait à 700 000 FCfa sous le Président Abdou Diouf, avant d’atteindre un milliard sous Abdoulaye Wade, puis 1,5 milliard sous Macky Sall, à la faveur, selon lui, des interventions répétées du défunt universitaire.
"1 milliard de FCfa aurait été orientée vers des médias réputés Pro-Pastef"
Poursuivant ses déclarations dans cette même vidéo, consultable sur YouTube, Mame Matar Guèye soutient qu’à l’avènement du régime Pastef, une part substantielle de l’enveloppe, soit un milliard de FCfa, aurait été orientée vers des médias réputés favorables au pouvoir, tandis que les 900 millions restants auraient été attribués à des organes indépendants. Il dénonce également une répartition qu’il estime déséquilibrée, soulignant que seules trois grandes télévisions et une poignée de sites d’information en ligne auraient bénéficié de cette manne publique. «C’est honteux !», tranche-t-il.
«C’est honteux !»
Désormais saisi, le dossier est entre les mains de la Sûreté urbaine, à laquelle le parquet a expressément confié la conduite des investigations en vue de faire toute la lumière sur cette affaire. Dans ce sillage, la convocation du président de l’Ong Jamra pour audition ne devrait plus tarder. Les enquêteurs entendent ainsi déterminer avec précision la teneur des informations en sa possession sur les modalités de distribution de ces fonds publics et, le cas échéant, s’appuyer sur ses déclarations pour orienter leurs investigations vers de nouvelles pistes. Ou, à l’inverse, établir d’éventuelles responsabilités pénales, notamment pour diffusion de fausses nouvelles.