B. Thiam se fait passer pour le père du lutteur et désigne sa propre épouse comme mère
Entendu par les enquêteurs, celui qui se faisait appeler Mamadou Thiam a rapidement craqué. Il a reconnu sa véritable identité : Amadou Cheikhou Diallo, de nationalité guinéenne. Le lutteur Bébé Diène qui évolue dans l’arène sénégalaise depuis près de 10 ans, est passé aux aveux. «J'ai sollicité les services de B. Thiam pour obtenir la nationalité sénégalaise», a-t-il confié aux enquêteurs. Le commerçant lui a alors facilité l'établissement d'un acte de naissance frauduleux par substitution de parents. Pour ce faire, B. Thiam s'est fait passer pour le père du lutteur et a désigné sa propre épouse comme mère, fournissant leurs pièces d'identité authentiques pour faire accréditer une filiation totalement fictive.
B. Thiam, le "père" du lutteur avoue avoir orchestré la fraude
Grâce à cette supercherie, Amadou Cheikhou Diallo a pu obtenir plusieurs documents officiels : une carte nationale d'identité, un passeport ainsi qu'une licence de lutte. De nationalité guinéenne, il circulait et combattait sous une identité sénégalaise parfaitement falsifiée. Entendu à son tour, B. Thiam, père de substitution du lutteur, a aussi reconnu les faits. Il a admis avoir orchestré la fraude pour le compte du lutteur guinéen. Mais la fraude n’a pu être possible que grâce à H. Diallo, Officier d'Etat-civil à Wakhinane Nimzatt, connu sous le surnom de «Nini». Il est accusé d'avoir facilité l'inscription de ces faux actes dans le registre parallèle. Les trois mis en cause ont ainsi été placés en garde à vue à la Sûreté urbaine de Dakar.
Un registre parallèle au cœur du système
La découverte la plus troublante de cette affaire reste celle d'un registre parallèle. Lors d'une descente sur les lieux, les agents de la Daf, dûment autorisés par le président du Tribunal d'instance de Guédiawaye, ont mis la main sur un registre d'Etat-civil présentant de graves anomalies. L'acte incriminé, enregistré sous le numéro 4028 de l'année 1997, figurait dans un registre non coté, non paraphé, non clôturé et dépourvu de toute authentification. Plus grave encore, ce registre présentait des pages manquantes et une numérotation incohérente débutant à 3672. Un numéro déjà attribué à un tiers a d'ailleurs permis de découvrir la fraude. Ce registre parallèle servait à régulariser illicitement la situation administrative de plusieurs individus, aussi bien des étrangers souhaitant obtenir des papiers sénégalais que des nationaux en difficulté avec leur Etat-civil, avec une prévalence de Guinéens.
Huit faussaires identifiés, une vingtaine de personnes visées
La poursuite des investigations a permis d'identifier plusieurs cas similaires. Parmi les personnes ayant bénéficié de ce système frauduleux, figurent F. Barry, B. Bâ, C. Diallo, M.D. Guèye, A. Niang, F. Fall, O. Ndiaye et C. Guèye. Selon les enquêteurs, la majorité de ces huit individus sont de nationalité guinéenne. Elles ont obtenu indûment, sur la base de faux actes de naissance, divers documents administratifs : cartes nationales d'identité, passeports, permis de conduire et certificats de nationalité. L'enquête s’échine maintenant à identifier les autres bénéficiaires de ce vaste réseau de falsification documentaire. Selon les indiscrétions, une vingtaine de personnes inscrites dans le registre parallèle sont visées. Ce qui n'était au départ qu'une simple pique verbale entre adversaires, dans le cadre de la préparation d'un combat très attendu à l'arène, a ainsi pris une tournure judiciaire inattendue.