Culture : dans l’industrie nigériane du cinéma, le film d’horreur est culte

Au Nigeria, les films d’horreur font partie intégrante de la culture cinématographique du pays. Depuis les années 1990, Nollywood multiplie les productions mettant en scène la lutte des forces du bien contre l’appât du gain et l’appel de Satan. Une veine qui n’aurait jamais existé sans l’essor des Églises évangéliques, et qui reflète les grandes tensions qui traversent la société, analyse le site “New Lines Magazine”.

Nollywood

Andy Okeke, un courtier nigérian à qui la fortune ne sourit plus, cherche désespérément à gagner de l’argent et à se sortir de la misère. Son épouse Merit, qui fait vivre la famille, est pour lui une source inépuisable d’encouragement.

Par une après-midi humide, dans la rue, Andy croise Paulo, un ami du lycée, qui s’arrête à sa hauteur dans une Mercedes jaune. Le costume fripé d’Andy fait pâle figure à côté de ce que porte Paulo, une ample agbada blanche, tenue traditionnelle des Yoruba. Andy se confie à son ami. Paulo le rassure : “Je vais te montrer comment gagner de l’argent et comment le dépenser, mais tu dois me promettre que tu ne flancheras pas.”

Andy ne comprend vraiment le sens de ce que lui a dit Paulo que des semaines plus tard, quand il se retrouve face à une secte sataniste dont les membres sacrifient leurs êtres chers en échange de la réussite. Une fois initié, Andy reçoit l’ordre de sacrifier sa douce moitié afin de s’assurer des “richesses sans fin”.

“Living in Bondage”, film pionnier

Après avoir tenté, en vain, de faire passer une prostituée pour son épouse, Andy, à contrecœur, offre au culte Merit, dont le sang est prélevé avec une grande seringue, puis versé dans une calebasse partagée entre tous les membres. Enfin riche, Andy devient un as de l’import-export. Mais sa toute nouvelle fortune déclenche une succession d’événements inquiétants – provoqués par l’apparition de Merit – qui finissent par le pousser à la folie.

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Pendant ce temps, la prostituée qu’Andy a voulu sacrifier à la place de son épouse est entrée en religion. Quand elle aperçoit Andy sur un tas d’ordures dans la rue, elle réunit son pasteur et les fidèles de sa congrégation, qui prient avec ferveur afin qu’il soit délivré. Quand il émerge de son hébétude satanique grâce à leurs prières, Andy renoue avec le Christ.

Andy Okeke, incarné par l’acteur nigérian Kenneth Okonkwo, est le héros de Living in Bondage [“Enchaîné”], un thriller fantastique réalisé par Chris Rapu et sorti en 1992 [directement en cassette VHS]. Filmé en igbo, une des principales langues des ethnies orientales du Nigeria [et sous-titré en anglais], Living in Bondage avait séduit un large public, qui avait appelé de ses vœux la production d’une deuxième partie [sortie en 1993]. Les vidéoclubs, submergés par les réclamations des consommateurs, avaient même dû afficher des pancartes disant : “Living in Bondage II n’est pas encore sorti.”

Living in Bondage est considéré comme étant à l’origine de l’industrie cinématographique nigériane, souvent connue sous le nom de Nollywood. Après l’énorme réussite du film, le cinéma d’horreur a explosé au Nigeria. Familièrement décrites comme des films occultes, ces productions traitent des tensions entre le christianisme et les religions traditionnelles africaines, et entre le matérialisme et la foi – des tensions alors bien palpables dans le pays, à un moment où certaines sectes bien réelles faisaient les gros titres de façon dramatique.

L’équivalent nigérian de “L’Exorciste”

Parmi les grands films d’horreur notables de l’époque, citons également Nneka, The Pretty Serpent [“Nneka, la beauté du serpent”, 1994], où une femme fatale prend le contrôle de l’esprit de riches hommes mariés, et Narrow Escape [“De justesse”, 1999], qui dépeint un affrontement titanesque entre un prêtre catholique au bout du rouleau et la secte de son père. Ces films ont fait sensation dans le Nigeria des années 1990, tout autant que les productions hollywoodiennes Rosemary’s Baby et L’Exorciste dans les années 1960 et 1970.

Le scénario de ces films d’horreur de Nollywood tourne souvent autour d’une fraternité d’hommes malintentionnés, prêts à sacrifier des innocents en échange d’argent facile ou pour réussir dans les affaires. Vivant dans des demeures somptueuses, propriétaires d’un parc de voitures de luxe, les membres des sectes que ces longs-métrages mettent en scène affichent outrageusement leur fortune lors d’événements publics. Mais leur prospérité est de courte durée, car ils se retrouvent bientôt confrontés à de mystérieuses maladies et à une mort imminente, conséquence de leurs profits mal acquis.

Parfois, comme dans le cas d’Andy dans Living in Bondage, un membre du culte parvient à échapper à ces répercussions mortelles en demandant l’aide d’une Église, prouvant ainsi la suprématie du christianisme. Il était courant que ces films concluent leur scène finale par la phrase “Grâce soit rendue à Dieu”.

Dénoncer le culte de l’argent roi

Ce cinéma d’horreur a rendu célèbre des acteurs comme Kanayo O. Kanayo [déjà à l’affiche de Living in Bondage]. Cela lui a valu le surnom de “Nna ayi sacrifice” (“le père des sacrifices humains”) – équivalent nollywoodien des scream queens d’Hollywood [stéréotype de la demoiselle en détresse dans les films d’horreur américains].

Pour représenter les sacrifices sanguinolents dans ces films occultes, les réalisateurs avaient recours aux images de synthèse. Mais là où les films d’horreur occidentaux se servaient d’effets spéciaux et de maquillages complexes pour transformer les acteurs en monstres et méchants terrifiants, les protagonistes des productions nollywoodiennes n’avaient besoin que de tenues traditionnelles noires ou rouges pour faire forte impression : avec des accessoires comme des calebasses et des masques effrayants, elles leur conféraient un côté surnaturel.

Et comparé au rythme haletant de son équivalent occidental, avec ses carnages et ses effets de surprise, le cinéma d’horreur nigérian misait sur des scènes lentes et développait les personnages à l’aide de longs dialogues plutôt que par l’action.

Si la plupart des films d’horreur produits au tout début de Nollywood étaient des œuvres fantastiques sombres qui cherchaient à divertir le public tout en le faisant frissonner, ils étaient aussi didactiques, dans une large mesure, et mettaient en garde contre l’appât omniprésent du gain, caractérisant le film horreur nigérian.

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