Colobane, Sandaga, Hlm, Tilène : des marchés infestés de produits non conformes
Grosse alerte rouge sur le marché sénégalais inondé de produits impropres à la consommation humaine. Le cri d'alarme est lancé par la Fédération sénégalaise des associations de consommateurs (Fesac), en prélude de la célébration de la Journée mondiale des droits des consommateurs, célébrée ce dimanche 15 mars 2026. Le constat est amer : le marché sénégalais est inondé de produits contrefaits, de denrées périmées ou non conformes, de médicaments falsifiés et des biens importés échappant à tout contrôle rigoureux. A Dakar, les marchés de Colobane, Sandaga ou Hlm côtoient désormais, selon toujours le rapport de la Fesac repris par L'OBS, des plateformes de e-commerce où les arnaques prolifèrent, laissant des consommateurs souvent démunis et sans recours.
Chaque jour, des millions de Sénégalais consomment des produits insécures
Le rapport de la Fesac mentionne que le marché est inondé de produits non conformes. «Chaque jour, des millions de Sénégalais consomment des produits dont la sécurité n’est pas garantie. Alimentaires périmées revendues sous de faux emballages, cosmétiques blanchissants contenant des substances cancérigènes, appareils électroniques sans certification, médicaments falsifiés écoulés hors des circuits officiels... La liste est longue, et ses conséquences sur la santé publique sont dramatiques». La fédération des consommateurs se désole au fait que les marchés de Colobane, Sandaga, Hlm, Tilène ou encore Thiaroye sont devenus des points de distribution où s’entrecroisent marchandises légales et produits de contrefaçon.
Colobane, Sandaga, Hlm, Tilène, Thiaroye, des marchés où s’entrecroisent marchandises légales et produits de contrefaçon
Pire, poursuit le rapport : «l’essor du commerce en ligne — via des plateformes locales ou des applications internationales — a ouvert de nouveaux canaux d’infiltration pour des produits dangereux, souvent importés clandestinement, vendus sans facture, sans traçabilité et sans aucune garantie pour le consommateur. Des études de Consumers International montrent que plus de 60 % des produits retirés du marché en Europe et en Amérique du Nord pour non-conformité continuent d’être commercialisés dans des pays aux systèmes de contrôle moins robustes — dont bon nombre sur le continent africain».
Les failles du système de contrôle
Si le marché est infesté de produits non conformes, c’est que d’après le constat de la Fesac, l’arsenal institutionnel et règlementaire (Asn la Direction du Commerce Intérieur, le Laboratoire d’analyses et de contrôle, le Centre anti poison, la Direction de la protection des végétaux, les services des Douanes, l’Anrp), dont dispose le Sénégal dispose, souffrent de lacunes profondes qui annihilent leur efficacité sur le terrain. Sur le terrain, les moyens humains et matériels sont jugés insuffisants : les agents de contrôle sont en nombre trop limité pour surveiller l’ensemble du territoire, en particulier les zones périphériques et rurales où les produits non conformes s’écoulent en toute impunité. Il y a aussi, selon le rapport, une coordination interinstitutionnelle défaillante avec les différentes agences qui opèrent souvent en solo, sans partage systématique de l’information ni mécanisme d’alerte rapide commun.
Absence de traçabilité numérique
Autre grief, l’absence de traçabilité numérique : contrairement à l’Union européenne ou à certains pays asiatiques, le Sénégal ne dispose pas encore d’un système de suivi numérique des produits de leur importation à leur mise en vente, rendant toute remontée d’information quasi impossible en cas d’incident. Avec des sanctions insuffisamment dissuasives, les opérateurs véreux savent, selon la Fesac, que les risques d’être pris et sanctionnés sont faibles, ce qui entretient un cycle d’impunité structurelle. «Les amendes prévues par les textes en vigueur sont souvent dérisoires au regard des bénéfices engendrés par la vente de produits non conformes. Aucun cadre spécifique n’oblige les plateformes de e-commerce opérant au Sénégal à vérifier la conformité des produits qu’elles distribuent, laissant des millions de consommateurs sans protection face aux arnaques et aux produits dangereux».