Artisanat local : ces talents étouffés sous le poids des meubles d'importation !

Des expositions ressortent le savoir-faire des artisans locaux le long de la corniche de Dakar. Entre créativité pointue et difficulté d’acquisition de matériaux, ces menuisiers essaient de faire émerger, au quotidien, au mieux, leur secteur d’activité.

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En cette journée de février, le soleil darde ses rayons et simultanément réchauffe l’atmosphère. Un climat invivable pour les Dakarois qui sont habitués à la fraîcheur en cette période de l’année. Dans les ateliers de menuiseries, à l’ombre, les activités se poursuivent. Pas de quoi empêcher Cheikh Abdou Lahad Bèye qui s’affaire sur la production de meubles pour tout âge.

Au milieu d’une pollution sonore entre le bruit assourdissant des machines à raboter et la circulation sur la corniche. Laquelle les sert à exposer leurs produits. Un groupe de travailleurs, à chacun dans son coin, s’active à terminer sans doute des commandes de futurs ou fidèles clients.

Vêtu d’un t-shirt jaune, une barbe noire qui laisse apparaitre quelques poils grisonnants, le sieur Diagne est entre dans la quarantaine et cinquantaine. Il se définit comme menuisier ébéniste avec un savoir-faire transversal. « La chaîne de travail. C’est au menuisier d’être également un designer en ce qui concerne la finition. Tout le travail, du début à la fin, est centralisé autour d’un seul travailleur. Pour certains aspects, on doit ramollir et percer le bois. Pour cela, nous faisons recours aux services des machinistes moyennant la somme de 6000 FCFA. C’est un travail manuel. Le marché peut dès fois bon pour nous et des fois, un peu compliqué. Il ne faut voir en termes de prix mais en termes de qualités ».

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Le travail du bois exige le recours à certaines machines. Il faut payer ces services. Ce qui est un obstacle à l’essor de ces activités. Seulement, les menuisiers sis à la corniche ne se découragent pas et continuent de nourrir leur passion. Un ancrage ébéniste que ces derniers conjuguent avec un solide sens de travail et d’innovation. Les expositions de meubles de tout genre doublés d’un design avec des fresques d’acteurs de film cinéma ou animé qui ressorte le côté créatif des menuisiers.

La beauté des œuvres continue de séduire les acheteurs. Seulement, c’est à ce niveau que se trouve le plus grand souci de ces créateurs. Ils sont sous pression à cause de la concurrence des produits dits « venants ou importés ».

L’importation, un obstacle à l’essor de ce secteur d’activité

Toumany Fall, la trentaine, résidant à la Médina, rue 11, revient sur cette situation : « L'importation est notre plus grand casse-tête. Il faut reconnaître également que le Sénégalais accorde plus d’importance aux produits importés comparés à ce qui est fabriqué localement. Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas est que nos produits présentent plus de garanties ».

Assis sur le pied d’un mur à proximité de son atelier, écouteurs à l’oreille et scotché sur son téléphone, le jeune Fall explique que la meilleur solution est que les populations adoptent une philosophie nationaliste. Ce qui, pour lui, pourrait faire leur affaire même s’il reconnaît qu’il s’en sort au mieux.

« Les Sénégalais doivent venir vers les artisans locaux. C’est ce qui va nous aider à développer notre marché. Nous avons déjà notre métier et nous le pratiquons. Mais sans clients, c’est peine perdue. Nous avons un excellent travail. Les berceaux et lits que vous voyez sont purs produits d’artisans locaux sénégalais, donc nous exhortons les populations à venir nous soutenir », a indiqué Toumany Fall.

Dans ce constat émis, force est de noter que la créativité sénégalaise est très développée à travers les œuvres exposées. Un état de fait que confirme Cheikh Abdou Lahad Bèye. Ce dernier révèle que tout se fait à la main. Une activité manuelle qui peut ne pas être liée à une chaîne de travail : « Nous exposons des lits, des armoires et des berceaux. C’est notre propre savoir et non ce qu’on a appris ailleurs. Nous nous fions à notre créativité pour présenter de tels produits. Certains de nos matériaux sont importés de l’étranger comme la peinture et d’autres, on les obtient ici au Sénégal ».

Le soutien de l'État souhaité…

Promouvoir le consommer local suppose nécessairement la mise en place d’un partenariat dynamique entre l’Etat et les acteurs du consommer qui doivent assurément être réhabilités et replacés au centre du dispositif. Ce qui est forte doléances des artisans sis à la Médina angle corniche. « Nous sollicitons du gouvernement de l’aide par rapport à la cherté des machines ou des matériaux de travail. Nous avons du mal à trouver des outils à un prix raisonnable. Toutefois, nous rendons grâce à Dieu, car les choses commencent à s’améliorer », a exprimé Toumany Fall.

Le sieur Fall est convaincu que les artisans étrangers ne sont pas plus créatifs mais disposent plus de matériels : « Nos produits ont plus de garantie. Seulement, les étrangers ont plus de matériels que nous et ils ont une finition plus fine que la nôtre. On fait tout à la main alors qu’eux, ils ont des machines. En termes de savoir-faire, on sait que nous avons une bonne maîtrise de la matière ». Toumany regrette qu’il n’ait pas un fonds de financement qui nous permettrait d’avoir ce dont ils ont besoin.

Artisanat local : ces talents étouffés sous le poids des meubles d'importation !

En marge de la deuxième édition du Consommer local tenu le jeudi 5 janvier 2023, le ministre du Commerce Abdou Karima Fofana avait déclaré : « 67% de la commande publique sont exécutés par des entreprises locales. Donc, nous sommes maîtres de chez nous, 60% du mobilier national est capté par des entreprises locales. En 2021, nous sommes à 64% et la somme de 1,4 milliard FCFA décaissée par la Direction du matériel et du transit administratif (DMTA) ».

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