Deux capitaines égyptiens de navires arrêtés dans les eaux sénégalaise

La Division des investigations criminelles (Dic) a déféré devant le parquet de Dakar deux capitaines égyptiens de navire. Il s’agit des nommés S. H. G. Sh. El Tahan et A. A. A. Kanouin.

Dimanche 27 juin 2021 - Un navire sous pavillon inconnu a été intercepté à 240 km des côtes sénégalaises avec à son bord 8 tonnes de haschisch

La société de pêche dénommée Océan Fishing Bissau Sarl a subi un lourd préjudice financier à cause de deux capitaines égyptiens qui pilotent chacun un navire de pêche. Ces derniers, selon Les Echos, sont accusés d’avoir utilisé des moyens frauduleux pour détourner en haute mer deux navires et leurs cargaisons au Port autonome de Dakar (Pad), alors qu’ils étaient chargés de conduire les deux bateaux en Guinée-Bissau.

En mars 2021, H. Koumayha, armateur et chef de ladite société, désire renforcer sa flotte en Guinée-Bissau. Malgré le fait qu’il dispose de deux bateaux de pêche et d’unités de congélation de produits halieutiques, il loue deux autres navires de pêche à 12.000 Usd chacun auprès des capitaines nommés S. H. G. Sh. El Tahan et A. A. A. Kanouin. Le navire «Hassan et Fekry» appartient au sieur El Tahan. Tandis que le second baptisé «Aleman» appartient à Kanouin. Ces derniers sont également chargés par leur client de convoyer les deux navires en question avec leurs cargaisons de l’Egypte à son usine de pêche, sise en Guinée-Bissau.

Le contrat de location des deux navires a pris effet en janvier 2022. Et est d’une durée d’un an renouvelable par tacite reconduction. Koumayha sacrifie aussi à la radiation du pavillon égyptien des navires en question et les immatricule en Guinée. Il se procure tous les documents nécessaires, notamment, l’identité des navires en cours de validité.

Le 1er avril dernier, les deux capitaines retournent en haute mer avec les deux navires pour une expédition d’une semaine. Mais, le 8 avril dernier, le client constate dans son système de contrôle que les navires voguent vers les lignes frontières du Sénégal que les deux capitaines ont pourtant déjà traversé. Intrigué, il s’active dans sa cabine de contrôle et tente d’entrer en contact avec les capitaines de navire. Sans succès. Il vérifie les installations dans la cabine de contrôle et apprend avec stupéfaction que le système de communication et de localisation des navires est coupé. De même que les Vms permettant le contrôle des bateaux au niveau de toute la Cedeao.

Désemparé, Koumayha se démultiplie et parvient à localiser les bateaux à Dakar. Il réussit aussi à joindre l’un des inspecteurs du navire, qui indique que les navires ont été détournés, et qu’ils sont à quelques nautiques du Port autonome de Dakar. Il alerte aussitôt les autorités étatiques compétentes et se rend illico-presto à Dakar. Mais, à son arrivée, il manque de tomber à la renverse lorsqu’il découvre que les deux navires sont en rade au Port autonome de Dakar (Pad), vidés de toutes leurs cargaisons et planqués au quai 105 où ils sont accoudés en 15ème position.

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Avant de venir au port de Dakar, l’homme d’affaires avait auparavant saisi le ministère de tutelle pour lui demander de bloquer le débarquement de la cargaison des bateaux. Sans succès. Et le motif invoqué par le ministère résulte de la nature périssable du produit (poissons). D’où son enlèvement et sa conservation dans une poissonnerie. Le temps d’effectuer toutes les procédures et autres formalités pratiques d’usage en la matière. A cet effet, le sieur A. Thiam, Directeur général de l’Etablissement Baye Niass et consignataire des deux navires, a été choisi pour décharger les cargaisons dans son usine dénommée Diop et Frères.

Deux jours après, l’Etablissement Baye Niass envoie un document au sieur Koumayha et l’informe n’avoir reçu que 7 tonnes de poisson, représentant la cargaison totale des deux navires. Celui-ci conteste et déclare que les huit (8) jours de marées lui rapportent au minimum 45 tonnes de poisson. Il peste contre les deux capitaines de navires et affirme être sous le coup d’une pénalité de 110 millions F Cfa infligée au navire dénommé Hassan et Fekry ; et un autre de 55 millions F Cfa pour le navire Aleman. Ces pénalités résultent du fait que les navires ont largué leurs balises et traversé les lignes de frontières maritimes sans l’autorisation des autorités de pêche guinéennes.

Poursuivant, Koumayha accuse les capitaines de navires d’avoir détourné 13.000 litres de gasoil en stockage et devant servir à effectuer d’autres marées ; soit un préjudice financier de 8.385.000 F Cfa par bateau. Sans oublier l’arrêt d’exploitation de deux mois des navires occasionnant un manque à gagner de 1.290.000.000 F Cfa par bateau. Il dément aussi les 7 tonnes de poisson trouvées dans les deux navires et parle de 28 tonnes pour le navire «Hassan et Fekry» et 23 tonnes pour le second navire Aleman. D’une valeur totale de 30.000.000 F Cfa ; en plus des 2100 cassettes achetées à 79.200 euros.

Interrogé, A. Thiam, Président-directeur général des ‘’Ets Baye Niass’’, affirme être consignataire depuis février 2022 sur demande du sieur N. Nectoux, qui lui aurait déclaré être le représentant des deux navires au Sénégal, avant de l’engager pour s’occuper de toutes les formalités administratives pour l’entrée à quai des navires au Port autonome de Dakar. Thiam déclare avoir été informé des agissements des capitaines au moment d’effectuer les procédures et formalités.

Thiam dira avoir été autorisé par le ministère de tutelle à décharger les cargaisons des navires et à les conserver dans ses unités de congélation le temps que le contentieux soit vidé. Quid de la quantité et de la nature des produits ? Il se réfère à ses agents qui lui ont déclaré qu’il s’agissait de 15 tonnes. Mais, après inventaire exhaustif, il découvre que le poids total du produit est de 22,505 tonnes. Ce qui est constitué de 1120 cartons de 20 kg de poisson divers et 105 kg de thiof en vrac.

Les capitaines de navire mouillent un ressortissant français

Face aux enquêteurs, N. Nectoux, ressortissant français, a démenti les déclarations du sieur Thiam et affirme s’être plutôt présenté comme le représentant des deux capitaines de navire. Et non le représentant des navires en question. Nectoux dit avoir été informé par l’un des capitaines de navire nommé A. Kanouin que lui et son collègue Tahan avaient fui la Guinée à bord de leurs navires pour venir se réfugier à Dakar. Ils indiquent que ce dernier lui a dit être en train de faire cap sur le port de Dakar, à l’insu de leur patron Koumayha. Ils accusent celui-ci de leur devoir des mois d’arriérés de salaire et de leur proférer des menaces de mort, s’ils réalisaient leur contrat avec lui. Ils m’ont aussi demandé de les aider à entrer au port de Dakar. Ce que j’ai fait», N. Nectoux dixit.

Interrogé, le capitaine de navire El Tahan a répondu que le contrat de location du navire – appartenant à son frère – n’était pas renouvelable et devait expirer depuis le 4 avril 2022. Mais, compte tenu du retard de livraison, un accord verbal a été trouvé avec son frère H. pour une prolongation jusqu’en janvier 2023. Il a contesté les termes du contrat de location sans prouver ses déclarations. «C’est au cours d’une expédition en mer que mon collègue capitaine de navire et moi avions décidé de prendre la fuite. Et après 8 jours de marée dans les eaux guinéennes, nous avons changé de cap avant de prendre la direction de Dakar. On a contacté notre ami Nectoux qui nous a facilité la tâche», soutient El Tahan. Qui dit s’être gardé d’intenter une action en justice dans le but de récupérer son navire. Car, leur client Koumayha est protégé et super puissant en Guinée.

Kanouin, second capitaine de navire, a abondé dans le même sens que son collègue et déclare que les termes du contrat de location de son navire au plaignant disposent que la durée est d’une année non renouvelable. «A l’expiration du contrat, j’ai tout tenté pour récupérer mon bateau, mais sans succès. J’ai alors profité d’une expédition en mer avec mon collègue pour prendre la fuite et me réfugier à Dakar pour réclamer justice. Et comme mon collègue, j’ai débarqué 10 tonnes de poisson. J’ai remis les produits à notre ami Nectoux pour les vendre et me remettre l’argent», indique-il.

Les deux capitaines égyptiens de navire sont poursuivis pour détournement de navire, fausse route, entrave aux règlements sur la police et la sécurité de la navigation et contrebande marchande.

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