Accident à Louga : la colère noire des familles endeuillées contre le ministre Abdou Lahad Ndiaye
Quelques heures après l'effroyable accident de la circulation sur l'axe Louga - Saint-Louis, qui a laissé un bilan macabre de neuf morts et cinq blessés graves, l'hôpital régional Amadou Sakhir Mbaye de Louga s'est transformé en un chaudron d'indignations. Alors que les corps s'entassaient à la morgue, c'est la descente sur les lieux du ministre des Transports, Abdou Lahad Ndiaye, qui a allumé la mèche d'un scandale. Les familles des victimes, venues de Saint-Louis dans la détresse la plus totale, ont laissé éclater leur fureur contre ce qu'elles qualifient de «show» indécent et d'opération de communication politique menée sur le dos de leurs morts.
Pour les proches des défunts, déjà exténués et brisés par les lourdes formalités administratives pour récupérer les dépouilles, l'arrivée de la délégation officielle a été vécue comme une véritable insulte à leur souffrance. L'oncle d'une victime, Abdou Khadre Mbodj, ne décolère pas et cible directement l'attitude de l'autorité ministérielle : «Depuis le début du drame, on est là à s’occuper des papiers, c’est très compliqué. Mais ce qui nous a le plus écœurés, c’est l’attitude du ministre Abdou Lahad Ndiaye. Non seulement il a mis du temps pour venir, mais il est venu faire son show dans une pure opération de communication politique. C’est une honte. On lui a fait savoir que c’est indécent de venir faire de la politique chez des gens endeuillés.»
Ce qui a poussé la colère des familles à son paroxysme, c'est surtout l'omniprésence d'une forte délégation partisane et d'une cohorte d'influenceurs venus filmer la détresse des parents pour alimenter les réseaux sociaux. Plus grave encore, les proches des victimes accusent les gardes du corps du ministre d'avoir fait preuve d'une violence inacceptable. «Ses gardes du corps ont malmené les familles endeuillées. Cela nous a fait terriblement mal, s'emporte Abdou Khadre Mbodj. Nous interpellons le président de la République et le Premier ministre pour que cela ne se reproduise plus.»
Un meeting maintenu à quelques mètres des cadavresL'indignation est d'autant plus vive à Louga que le ministre a refusé de suspendre ses activités partisanes. Au moment même où le pronostic vital de plusieurs blessés était engagé, Abdou Lahad Ndiaye a maintenu un rassemblement politique à quelques encablures de l'hôpital. Un manque d'empathie dénoncé par les forces vives de la commune. «En ces moments de douleur, le respect du deuil collectif devrait primer sur le reste. Un meeting politique peut être reprogrammé, une vie humaine, elle, ne se remplace pas. Reporter ce meeting aurait été un signe de solidarité», s'insurge l'activiste Mika Ba, qui estime qu'un deuil régional aurait dû être décrété.
Face au tollé général et à la colère qui gronde sur le terrain, le communiqué d'apaisement publié par le ministère pour promettre une prise en charge, par l'État, semble bien dérisoire. Ce scandale politique occulte presque la situation sanitaire critique au sein de l'établissement. Faute de place, la salle d'accueil s'est révélée trop exiguë, forçant le personnel à installer des blessés graves à même le sol, dans la cour et les couloirs de l'hôpital. En parallèle, le procès technique des minibus de transport interurbain de type «Forza» et «Cheikhou Shérifou» est relancé par les familles, qui exigent une évaluation d'urgence de ces véhicules jugés inadaptés et accusés d'ensanglanter les routes de l'axe Nord.