L’arnaque des pèlerins à la Mecque est une sorte de « marronnier », comme on dit dans le jargon journalistique : un évènement qui revient chaque année à la même époque. Le phénomène a pris des proportions inquiétantes jusqu’à alarmer même les autorités saoudiennes. Depuis l’ouverture des inscriptions pour le Hajj 2026, des agences de voyage s’adonnent à l’exercice d’une activité pour laquelle elles ne sont pas agréées. Elles ont pignon sur rue, elles font des affiches, des vidéos, des publicités et sur internet, elles sont presque les plus présentes. Pis, renseigne L'OBS, elles enrôlent des candidats au pèlerinage pour ensuite aller chercher une agréée à qui rétrocéder la clientèle.
Seuls 282 voyagistes privés agréés
Une pratique illégale qui a fini par pousser la Délégation générale au pèlerinage à sortir de sa réserve. Dans un communiqué, la Délégation générale au pèlerinage (Dgp) aux Lieux Saints de l’Islam a porté à l’attention du public les agences habilitées à organiser le Hajj 2026. Au total, ce sont 282 voyagistes privés agréés par la Dgp pour organiser le pèlerinage à la Mecque pour l’édition 2026. Mais malgré cela, des voyagistes privés ne figurant pas sur la liste publiée par la Délégation générale au pèlerinage se livrent à une pratique frauduleuse d’enrôlement de candidats au Hajj.
«Malheureusement ce sont des agences non agréées et elles ne figurent pas sur la liste des structures légalement reconnues pour le Hajj. Ces agences pullulent sur Tik-Tok, Facebook, Instagram… et personne n’en parle jusqu’à ce que les Saoudiens nous fassent la remarque. Elles sont là avec une publicité agressive, pour la Oumra comme pour le Hajj», confie à L’Observateur, une voyagiste privée sous le sceau de l’anonymat.
Des faux billets d'avion vendus aux pèlerins
«L’année dernière, lors du Hajj 2025, il y avait une agence qui avait mobilisé des gens, pris leur argent, alors qu’elle n’était pas agréée. Et pire, les candidats étaient convoyés jusqu’à l’aéroport et c’est là qu’ils ont découvert qu’ils avaient de faux billets d’avion. La Dgp avait réagi, mais le mal était déjà fait», se rappelle-t-elle. Seulement, le mal persiste et il risque de se reproduire encore pour le pèlerinage de cette année. Puisque révèle la voyagiste privée, des gens continuent à faire des enrôlements avec des offres pour toutes les catégories.
Elle explique : «Hier (avant-hier) quelqu’un m’a appelée pour me dire qu’il y a une dame qui lui a proposé un package VIP à 11 millions FCfa. Quand je lui ai demandé la structure et qu’il me donne le nom, j’ai vérifié et je lui ai dit que cette agence n’est pas agréée. Et pourtant, elle continue de faire des publicités pour Hajj».
Vers l'assainissement du milieu
Pour faire face à cette pratique illégale et mettre de l’ordre dans la l’organisation du Hajj, la Délégation générale au pèlerinage compte utiliser toutes les voies légales. «Nous sommes en train d'observer pour voir, on n'a pas encore pris une agence officiellement, donc on est en train de faire notre petite enquête et d'observer pour voir si effectivement cette pratique persiste. Donc, on est vraiment dans une optique d’assainir le milieu et que les agences qui veulent faire le pèlerinage doivent chercher un agrément auprès de la Délégation générale au pèlerinage en conformité avec un cahier de charges qui établit les critères d'obtention d'un agrément pour le pèlerinage», renseigne le Général Mamadou Gaye.
Ce que risquent les fraudeurs
Si aujourd’hui, aucune agence n’est encore prise à défaut par la Délégation générale au pèlerinage, le Général Gaye indique que des sanctions sont prévues contre les fraudeurs. "Si on prend une agence qui est dans ce cadre-là. Les sanctions peuvent varier, elles sont pécuniaires, judiciaires et peuvent aller jusqu’au retrait de l’agrément et l’interdiction d’effectuer la Oumra définitivement», prévient le Général Gaye.