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Ces ministres et conseillers pris dans la “guéguerre” Diomaye-Sonko

sonko-diomaye
Le couple exécutif sénégalais semble connaître des moments compliqués. Entre divergence idéologique, rivalité et frustration ,des ministres et conseillers du chef de l’Etat apparaissent aujourd’hui comme les figures les plus exposées des tensions au sommet de l’État.
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Le chef de l'Etat, Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko de la Justice, semblent se livrer ces derniers jours à une drôle de guéguerre. Brouille passagère ou profonde mésentente ? Entre rivalités larvées et guerre de positionnement, des ministres et conseillers sont pris dans l'étau d'une guéguerre au sommet de l’État. Ils sont les dommages collatéraux d’un rapport de forces politique qui les dépasse.

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JEAN BAPTISTE TINE (1)
JEAN BAPTISTE TINE (1)

Ministres et conseillers, censés éclairer l’action présidentielle par leur expertise, sont désormais sous pression constante, accusés tantôt d’être des relais occultes, tantôt de servir de boucs émissaires dans un climat politique de plus en plus tendu, rapporte L'OBS. Et dernier en date à cristalliser les attaques : Aldiouma Sow, ministre-conseiller à la Présidence de la République et coordonnateur du pôle politique, société civile et syndicats, désormais au cœur de la polémique numérique. Pour avoir défendu la vision du Président Diomaye, Aldiouma Sow a été attaqué par une horde de «vigiles du projet», ses propres camarades de parti Pastef/Les patriotes.

Pour l’analyste politique, Dr Malaw Kanté, enseignant-chercheur en philosophie politique à l’Université Cheikh Anta Diop, interrogé par le journal, la situation actuelle n’a rien d’inédit. «Les ministres-conseillers sont victimes de ce qui se passe aujourd’hui au sommet de l’Etat. C’est toujours ainsi», rappelle-t-il, convoquant l’histoire politique, aussi bien française que sénégalaise. Dans l’ornière du bicéphalisme, l’histoire bégaie ! De Chirac-Balladur dans la France des années 1990 à Senghor-Dia aux débuts de l’indépendance du Sénégal, les périodes de bicéphalisme ont toujours produit les mêmes effets : des cercles de pouvoir fragmentés, des loyautés soupçonnées, et des collaborateurs pris en étau. «Il y avait des ministres identifiés comme proches de l’un ou de l’autre, et ils devenaient automatiquement des cibles», souligne Dr Malaw Kanté. Selon lui, la configuration actuelle entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko, reproduit ce schéma. 

MINISTRE JUSTICE OUSMANE DIAGNE
MINISTRE JUSTICE OUSMANE DIAGNE
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Jean Baptiste Tine et Ousmane Diagne, les agneaux du sacrifice

D’un côté, des responsables et ministres perçus comme proches du Premier ministre, de l’autre, des ministres-conseillers et cadres rattachés à la coalition présidentielle. «Cette dualité a des conséquences directes sur le fonctionnement de l’Etat», insiste-t-il, évoquant notamment le dernier remaniement, qu’il qualifie davantage de «réaménagement» ciblé que de véritable recomposition gouvernementale. «Il y avait des ministres qui dérangeaient, notamment le ministre de l'Intérieur (Jean Baptiste Tine) et le ministre de la Justice (Ousmane Diagne), qui ne partageaient pas les mêmes avis, ou ne regardaient pas dans la même direction que Ousmane Sonko. Les conséquences, effectivement, ils ont été démis de leur fonction pendant ce temps», explique Dr Malaw Kanté.

Dr Malaw Kanté est catégorique : «Les ministres-conseillers n’ont aucun pouvoir d’influence réel. Leur rôle reste consultatif, sans capacité décisionnelle directe. Mais leur position les place au cœur d’un conflit qu’ils ne maîtrisent ni dans ses causes profondes ni dans ses logiques d’affrontement». Le problème, selon lui, est aggravé par l’attitude des deux pôles du pouvoir. «Ni le président Diomaye ni le Premier ministre Sonko n’assument ouvertement l’existence de cette lutte». Chacun adopte un discours public apaisant ou rassembleur, tandis que les affrontements se déplacent sur les lieutenants, contraints de se positionner, parfois de manière brutale. Cette rivalité non dite nourrit un climat de suspicion permanent. «Chacun prépare sa cavalerie», affirme-t-il, évoquant des recrutements politiques, des alliances locales et des prises de parole de plus en plus frontales, aussi bien du côté des partisans du président de la République que de ceux du Premier ministre.

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Adiouma Sow et Ousmane Barro, la cible des Patriotes

Les ministres-conseillers apparaissent comme des dommages collatéraux d’un affrontement symbolique au sommet, davantage que comme des acteurs stratégiques de celui-ci. Pour Dr Mamadou Bodian, chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), les divergences internes ne sont ni nouvelles ni nécessairement négatives. «Aucune formation politique n’est homogène», rappelle-t-il, évoquant les factions historiques au sein du Parti socialiste ou du Parti démocratique sénégalais. La différence majeure, aujourd’hui, réside dans le fait que Pastef est désormais au pouvoir. «Quand on occupe des positions officielles, surtout dans les rapports entre le Président et le Premier ministre, des tensions qui étaient normales dans l’opposition peuvent prendre des proportions alarmantes», analyse-t-il. Ces divergences, si elles ne sont pas canalisées, se répercutent mécaniquement sur les ministres, les députés et les conseillers, sommés de se positionner.

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