Cherté de la vie : les chiffres de l’Ansd qui confirment le malaise social
A l’heure où les fins de mois s’étirent et où les revenus semblent se volatiliser avant même d’avoir permis de couvrir l’essentiel, le malaise social s’installe dans les foyers sénégalais avec une insistance qui ne laisse plus indifférent. Dans les maisons, les marchés, les transports en commun, les bureaux ou autour du «ataya» et de ses interminables «trois normaux», une même complainte affleure, parfois à voix haute, souvent à mi-mot : la vie coûte de plus en plus cher.
Le sentiment n’est plus celui d’une simple contrariété passagère liée à quelques produits dont les prix auraient flambé. Il s’apparente désormais à une sourde angoisse, celle de ménages qui voient leur marge de manœuvre se rétrécir inexorablement, jusqu’à devoir arbitrer entre des dépenses qui, hier encore, semblaient relever de l’ordinaire.
Sur trois mois, la hausse atteint 1,2 %
Les chiffres de l'ANSD publiés par L'OBS, donnent une épaisseur statistique à un malaise largement perceptible dans le quotidien des ménages. Selon la note mensuelle de l’Indice harmonisé des prix à la consommation, l’indice général s’est établi à 102,6 points en juillet 2026, contre 101,6 en juin, soit une progression mensuelle de 1 %. Sur trois mois, la hausse atteint 1,2 %. Comparé à juillet 2025, lorsque l’indice s’établissait à 102,3, le niveau général des prix n’affiche toutefois qu’une progression de 0,3 %.
Ce contraste est principalement imputable à la forte volatilité des produits alimentaires, dont les variations continuent de peser directement sur le quotidien des ménages. En un seul mois, les prix des produits alimentaires ont ainsi bondi de 2,3 %, même s’ils demeurent inférieurs de 0,6 % à leur niveau de juillet 2025. C’est surtout du côté des légumes que le choc prend une tournure particulièrement brutale. Les légumes-fruits frais enregistrent une flambée de 26,2 %, tandis que les légumineuses vertes progressent de 21,9 %. Les tubercules ne sont pas en reste, avec une hausse de 5,4 %, quand les légumes à feuilles augmentent de 3,2 %.
Le kilo de viande vendu à 5000 FCFA
Des variations qui, sur le papier, peuvent sembler n’être que des pourcentages ; dans les foyers, elles se traduisent par quelques produits en moins dans le panier, des quantités revues à la baisse et des arbitrages devenus presque quotidiens. La viande, elle aussi, a connu une hausse considérable, venant alourdir davantage une équation budgétaire déjà difficilement soutenable pour une large frange des ménages sénégalais. 7, 2 milliards FCfa de «filets sociaux» contre l’étouffement.
L'Etat débloque 7,2 milliards FCFA pour soutenir 92 976 ménages vulnérables
Face à cette précarité grandissante, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a voulu susciter un élan de solidarité afin de permettre aux ménages les plus vulnérables de desserrer, ne serait-ce que momentanément, l’étau qui se resserre autour de leurs finances. Ainsi, l’État du Sénégal a récemment mobilisé 7,2 milliards de FCFA pour venir en aide à 92 976 ménages vulnérables, à raison de 135 000 FCFA par famille.
Ces «filets sociaux» constituent certes un mécanisme d’amortissement destiné à absorber une partie du choc subi par les ménages les plus fragiles. Mais leur effet, nécessairement circonscrit, ne suffit pas à dissiper l’impression générale d’une vie devenue plus chère et d’un quotidien progressivement plus difficile à tenir. L’aide publique soulage ; elle ne résout pas pour autant l’équation structurelle d’un pouvoir d’achat mis à rude épreuve.