Colobane : la tension monte entre riverains et migrants
Le quartier de Colobane, dans la capitale sénégalaise, a connu ce week-end un accès de fièvre. Une altercation a opposé des riverains à des ressortissants étrangers qui occupent certains secteurs du quartier. Ces espaces, à l'origine publics, se seraient transformés au fil du temps en lieux de couchage précaires, marqués par un manque d'hygiène que plusieurs habitants dénoncent depuis longtemps.
La cohabitation s'est dégradée peu à peu dans ces zones où des espaces publics sont occupés et utilisés comme dortoirs. Une situation qui nourrit l'inquiétude d'une partie de la population locale, lasse d'attendre une réponse des pouvoirs publics.
Une colère qui interroge sur le rôle de l'État
L'incident soulève une question simple, que nos confrères de Seneweb posent sans détour dans son article : faut-il en venir aux mains entre citoyens pour régler un problème qui relève, en principe, de l'autorité publique ? Le média y répond par la négative. La justice rendue par les habitants eux-mêmes ne saurait remplacer l'action des institutions. Le maintien de l'ordre et le règlement des conflits doivent demeurer du ressort des autorités compétentes.
Cette altercation n'est pourtant que la partie visible d'un phénomène plus ancien : l'installation de personnes vulnérables dans plusieurs quartiers de Dakar, sans que les pouvoirs publics n'y apportent de réponse durable. Colobane n'est ni le premier ni sans doute le dernier quartier concerné.
Pour rappel, l'article 245 stipule que la mendicité est interdite sur la voie publique et dans divers espaces alors que l'article 3 de la loi n° 2005-06 interdit la mendicité des enfants au Sénégal. Cependant, depuis l'entrée en vigueur de cette loi, peu de progrès ont été réalisés.
Des réactions vives sur les réseaux sociaux
Cet incident a suscité une kyrielle de commentaires sur les réseaux sociaux. Les avis y sont partagés. Certains internautes rappellent que le respect des règles de vie collective s'impose à tous, nationaux comme étrangers, et refusent que le débat soit ramené à une question d'ethnie ou de nationalité. D'autres, à l'inverse, dénoncent un climat qu'ils jugent hostile envers les personnes migrantes et mettent en garde contre une dérive xénophobe du débat public.
Un commentateur va jusqu'à établir un parallèle avec le traitement réservé aux Sénégalais installés en Europe, un rapprochement qui illustre la difficulté du sujet à ne pas glisser vers des postures identitaires. D'autres messages, plus consensuels, insistent sur la nécessité d'une application ferme des lois existantes contre la mendicité et l'exploitation des enfants, sans que cela ne débouche sur une stigmatisation collective.
Un test pour les pouvoirs publics
Au-delà de la polémique en ligne, l'épisode de Colobane pose une question de fond à laquelle les autorités sénégalaises devront tôt ou tard répondre : celle de la prise en charge des populations en situation de précarité qui occupent l'espace public dans plusieurs quartiers de Dakar. Faute d'une politique claire, le risque d'une nouvelle flambée de tensions reste entier, à Colobane comme ailleurs dans la capitale.