L’Alliance pour la République (Apr) n’en finit plus de payer le prix de sa défaite de 2024. Privé du pouvoir, amputé d’une partie de ses cadres et toujours suspendu au leadership de Macky Sall, le parti peine à retrouver une dynamique. Entre le tarissement des ressources, l’absence de refondation et la tentation de certains responsables de rejoindre de nouvelles plateformes politiques, l’Apr donne l’image d’une formation en perte de vitesse.
Pour Pr Moussa Diaw interrogé par L'OBS, la situation actuelle de l’Apr n’est pas une anomalie. Elle s’inscrit dans un phénomène déjà observé avec le Parti socialiste et le Pds après leur départ du pouvoir. «La perte de pouvoir équivaut aussi à l’absence de ressources, au tarissement des ressources», analyse-t-il. Selon lui, les partis ayant exercé le pouvoir ont longtemps fonctionné autour de ressources permettant notamment d’entretenir leur appareil et leur clientèle politiques. Une fois ces ressources taries, les structures partisanes deviennent beaucoup plus difficiles à maintenir.
Mais, pour le politologue, la faiblesse de l’Apr ne se résume pas à une question financière. Le véritable problème réside dans son incapacité à se réinventer après la défaite. Le parti n’aurait pas procédé à l’indispensable introspection, ni engagé une refondation de ses instances. Surtout, il n’a pas construit une véritable «démocratie interne susceptible de faire émerger une nouvelle génération dirigeante». Cette fragilité était déjà perceptible avant même la Présidentielle de 2024. Le soutien à Amadou Ba, pourtant candidat officiel de la coalition au pouvoir, n’aurait pas été suffisamment homogène. «Il y a eu déjà une certaine dispersion de l’Apr», relève Moussa Diaw.
Le seul chef, c’est Macky Sall
Entre ceux qui ont soutenu le candidat, ceux qui ont pris leurs distances et ceux dont l’engagement est resté limité, les fissures étaient déjà apparentes. Au cœur de la crise, les deux analystes identifient un même facteur : l’absence de succession organisée. Pour Moussa Diaw, l’Apr est restée structurée autour d’un homme. «Le seul chef, c’est Macky Sall», résume-t-il. Or, le départ de l’ancien Président à l’étranger a créé un vide difficile à combler. La gestion d’un parti à distance est, selon lui, particulièrement compliquée lorsque le dirigeant ne dispose plus des mêmes leviers politiques et financiers. Djibril Diop pousse le diagnostic plus loin. «Macky Sall n’a ni transmis officiellement les rênes du parti, ni installé un numéro deux suffisamment charismatique pour assurer sa direction au quotidien.»
Résultat : «Les Apéristes sont déboussolés à cause de cette illisibilité.» A cette absence de succession, s’ajoute le poids de la fin du règne de Macky Sall dans l’image du parti. Pour Djibril Diop, les événements douloureux ayant marqué les derniers mois de son pouvoir ont nécessairement laissé une empreinte sur l’Apr. Une nouvelle direction aurait donc eu besoin de prendre ses distances avec ce passif pour reconstruire une crédibilité. Le départ d’Amadou Ba constitue, dans cette configuration, une autre perte majeure.
Arrivé deuxième de la Présidentielle de 2024, l’ancien Premier ministre a créé son propre appareil politique. Pour Djibril Diop, cette rupture prive l’Apr d’un responsable qui incarnait une partie importante de son potentiel électoral. En parallèle, d’autres responsables quittent progressivement le navire. Pour les deux analystes, ce phénomène obéit aussi à une logique classique de la politique sénégalaise : lorsqu’un parti perd le pouvoir, une partie de ses cadres se rapproche naturellement des nouveaux centres de décision. Moussa Diaw observe ainsi une forme de «dépeçage» de l’Apr au profit de nouvelles forces politiques.
«Le parti conserve certes un ancrage, des militants et un passé électoral, mais il peine à transformer ces acquis en dynamique politique»Le constat du politologue est particulièrement sévère : «Il ne reste que l’ombre de lui-même» de l’Apr. Le parti conserve certes un ancrage, des militants et un passé électoral, mais il peine à transformer ces acquis en dynamique politique. Les communiqués ne suffisent plus. Les militants attendent une stratégie, une direction et une perspective. Or, selon Moussa Diaw, l’absence de directives et de mobilisation entretient le découragement et accélère les départs. Djibril Diop considère, lui aussi, que l’Apr est désormais confrontée à une véritable crise existentielle. Mais il refuse de considérer sa disparition comme inéluctable.
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Le parti dispose encore d’un espace politique, à condition de trouver rapidement celui ou celle capable de l’incarner. Pour Djibril Diop, l’équation est désormais simple : l’Apr doit trouver un leadership suffisamment fort pour remobiliser ses troupes, reconstruire ses structures et engager une opération de massification. Si l’Apr ne parvient pas à tirer son épingle du jeu lors des prochaines Locales et Législatives, sa capacité à redevenir une force politique majeure sera sérieusement compromise.