Dette cachée et thésaurisation : Moody’s abaisse encore la note du Sénégal à Caa2
Dans son dernier rapport publié le week-end dernier, l'agence de notation internationale Moody's a rétrogradé la note émettrice à long terme du pays de Caa1 à Caa2. Assortie d'une «perspective négative», cette annonce traduit la vive inquiétude des marchés face à l'emballement de la dette publique et aux blocages institutionnels qui paralysent les réformes de fond. Moody’s souligne notamment l’absence prolongée d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (Fmi), qui limite l’accès du pays à des financements concessionnels et accroît sa dépendance au marché financier régional.
La dette publique continuera de peser sur les marges de manœuvre budgétaire
L’agence estime que les besoins de financement du Sénégal restent importants et que le poids de la dette publique continuera de peser sur les marges de manœuvre budgétaires. Elle anticipe ainsi un niveau d’endettement qui devrait rester élevé au cours des prochaines années, malgré les efforts d’assainissement engagés par les autorités. Cette décision intervient alors qu’une mission du Fmi est en discussion avec les autorités sénégalaises à Dakar sur les contours d’un éventuel nouveau programme destiné à accompagner les efforts de redressement des finances publiques.
Sur 29 banques au Sénégal, aucune ne peut être qualifiée de groupe sénégalais
Pour Moody’s, un accord avec le Fmi pourrait contribuer à renforcer la crédibilité financière du Sénégal, à faciliter l’accès à des financements extérieurs et à réduire les risques liés au refinancement de la dette. Cette dégradation de la note du Sénégal impose, selon Dr Seydina Omar Seye, économiste, interrogé par L'OBS, un diagnostic sévère et des solutions pour une souveraineté économique retrouvée. La première faille, selon lui, est un système bancaire sous influence étrangère et une liquidité qui dort. «Le paysage bancaire sénégalais est marqué par une présence écrasante de groupes étrangers qui détiennent l'essentiel des parts de marché et des actifs. Sur les 29 banques que compte le pays, aucune ne peut être qualifiée de groupe sénégalais d'envergure régionale ou internationale. (…)
Ls banques de l'UEMOAdétenaient plus de 4 500 milliards de FCfa de réserves excédentaires et non rémunérées auprès de la Bceao
En juin 2026, les banques de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (Uemoa), dont celles du Sénégal, détenaient plus de 4 500 milliards de FCfa de réserves excédentaires et non rémunérées auprès de la Bceao. Selon lui, ce montant représente près de quatre fois le minimum requis par la réglementation prudentielle. Les statistiques monétaires révèlent un ralentissement marqué de la progression des prêts aux entreprises, tandis que les portefeuilles de titres publics, plus rémunérateurs et moins risqués, ne cessent d'augmenter dans les bilans bancaires.
En clair, les banques préfèrent prêter à l'État ou placer leurs excédents à la banque centrale plutôt que de financer l'investissement productif. Ce comportement annihile totalement la politique monétaire de la Bceao : les baisses successives des taux directeurs, censées stimuler le crédit, ne se répercutent pas sur le coût du financement pour les ménages et les PME, car les banques ne transmettent pas ces signaux à leur clientèle.
La révélation fracassante de la dette cachée
L’économiste pointe aussi du doigt la révélation fracassante de la dette cachée du Sénégal qui a mis en lumière les défaillances chroniques de la transparence et de la gouvernance financière. Ce scandale, survenu sous l'ère du président Macky Sall, résulte de "transactions cachées" orchestrées dans le cadre de projets d'infrastructures pourtant connus du public (…). Parallèlement, la gestion de cette dette est fragilisée par les notations des agences internationales. La dégradation de la note du Sénégal par Moody's en 2024, justifiée par des craintes sur l'aggravation du déficit budgétaire et du fardeau de la dette, a provoqué une vente massive des euro-obligations sénégalaises sur les marchés internationaux, illustrant de manière brutale la procyclicité de ces évaluations. (…).
En définitive, le Sénégal subit une double peine : une dette réelle plus lourde que prévu, et une notation qui aggrave son coût de financement, créant un cercle vicieux où l'endettement chronique se nourrit de la défiance des marchés.