Publicité

Diomaye sur son 1er souvenir de sport : "J’avais 12 ans, il y avait dans le village Ndiaganiao, une petite télé en noir..."

Dans un entretien accordé au journal Le Soleil, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s'est remémoré son tout premier souvenir sportif lors d'une nuit d'août 1992 à Ndiaganiao. À l'âge de 12 ans, c'est devant un petit téléviseur en noir et blanc qu'il a découvert l'olympisme en assistant au duel des sauteurs en longueur Carl Lewis et Mike Powel.
Publicité

1992, le premier souvenir olympique de Diomaye

Publicité

" Une nuit d’août 1992. J’ai douze ans, je suis à Ndiaganiao, et il y a dans le village une petite télévision en noir et blanc devant laquelle tous les enfants s’agglutinent, assis par terre, les plus petits devant. Ce sont les Jeux de Barcelone. Je ne sais rien de l’athlétisme, je ne connais le nom d’aucun champion. Et je vois deux hommes sauter dans le sable, l’un après l’autre, pendant ce qui m’a semblé durer une nuit entière. Le premier a sauté très loin dès le début, et il souriait. Le second revenait à chaque essai, un peu plus loin, un peu plus près de lui, et toute la cour retenait son souffle avec lui."

Le parti pris pour Carl Lewis

"Au dernier saut, il a manqué de très peu. L’enfant que j’étais avait pris parti pour le premier, celui qui souriait, sans savoir pourquoi. C’était Carl Lewis. L’autre s’appelait Mike Powell. J’ai appris leurs noms le lendemain, et j’ai appris bien plus tard que l’année précédente, à Tokyo, Powell avait pris à Lewis le record du monde. Mais cette nuit-là, je ne savais rien de tout cela. Je savais seulement que quelque chose de très grand se jouait très loin, et que j’en faisais partie."

Publicité

"Lewis m’a donné l’envie, Powell m’a donné la méthode"

"Je crois que les enfants vont vers ce qui ressemble à la facilité. Lewis donnait l’impression de ne pas forcer, et c’est l’image même du génie pour un enfant. Il m’a fallu devenir adulte pour regarder Powell. Un homme qui a battu l’invincible une seule fois, qui a perdu contre lui presque toutes les autres, et qui n’a jamais cessé de revenir. Aujourd’hui, je n’arrive plus à choisir. Lewis m’a donné l’envie, Powell m’a donné la méthode. Et je crois que c’est de ces deux choses qu’un pays a besoin : un rêve qui donne envie et une obstination qui ne se décourage pas. Cette nuit-là, l’olympisme était une image lointaine sur un écran de quelques centimètres. Le 31 octobre, il sera à vingt kilomètres de ce village."

"Entre l’enfant que j’étais et eux, il y a vingt kilomètres sur la carte et cent trente ans dans l’histoire du sport"

Publicité

"C’est exactement ce qui me saisit. Quatre ans avant Barcelone, Amadou Dia Ba avait rapporté de Séoul la seule médaille olympique de notre histoire, et j’étais trop jeune pour m’en souvenir. Pendant près de quarante ans, nous avons regardé l’olympisme comme un rendez-vous auquel on nous invitait. À partir du 31 octobre, c’est nous qui donnons le rendez-vous. Les enfants de Ndiaganiao, de Pikine ou de Matam n’auront pas besoin d’une télévision pour voir les anneaux. Il leur suffira d’un billet et d’un bus. Entre l’enfant que j’étais et eux, il y a vingt kilomètres sur la carte et cent trente ans dans l’histoire du sport.

"Le monde n’est pas aussi loin qu’il en a l’air"

Je leur dirai ce que personne ne m’a dit à douze ans, et que j’aurais aimé entendre. Le monde n’est pas aussi loin qu’il en a l’air. Il vient d’arriver à Diamniadio. Ne le regardez pas passer, entrez dedans. Dans une tribune, sur une piste, dans un stand de volontaire, dans une entreprise qui travaille pour les Jeux, peu importe la porte. Et quand vous y serez, ne demandez à personne la permission d’être grands. Ce pays a besoin que vous le soyez, et il a besoin que vous le soyez ici."

Publicité
Loading discussion…