FMI - Sénégal : les secrets de l'accord sur les 1243 milliards FCFA
Dans cette Interview exclusive, Majdi Debbich Représentant résident du FMI détaille les secrets du nouvel accord de coopération entre le FMI et le Sénégal. Il explique : "Il y a eu ces derniers mois des discussions, à la fois sur la question du misreporting, mais aussi sur le nouveau programme. Beaucoup d'étapes ont été franchies sur le misreporting, les différentes vagues d'audit, que ce soit de l'IGF, de la Cour des comptes et du cabinet d'audit Mazars. Et ensuite, sur le misreporting, nous avons discuté d'un paquet de réformes avec les autorités qui doit permettre de faire en sorte que ce type de situation ne se répète pas. Sur le programme, nous avons eu des échanges techniques depuis octobre 2025, et nous sommes arrivés aujourd'hui à un accord sur le diagnostic, mais aussi sur les grandes politiques économiques et réformes qui doivent être mises en place sur les trois années qui viennent."
Accord avec les autorités sur les mesures correctrices à mettre en place
Il ajoute : "Nous avons travaillé de manière très étroite avec les autorités, ces dernières années. Il fallait d'abord faire la clarté sur le niveau de dette qui était jusqu'alors caché, qui n'était pas rapporté dans les statistiques des finances publiques. Et ensuite, il fallait se mettre d'accord sur les mesures à prendre pour faire en sorte, encore une fois, que ce type de situation ne se répète pas. Nous avons aujourd'hui un certain confort sur les chiffres du misreporting et nous sommes d'accord avec les autorités sur les mesures correctrices qu'elles doivent mettre en place. Maintenant, c'est un nouveau chapitre qui doit s'ouvrir. Certaines de ces mesures de réforme doivent être mises en place dans les semaines, voire les mois encore qui viennent, liées au misreporting. Et ensuite, une fois que notre Conseil d'administration aura traité la question du misreporting, il pourra examiner le nouveau programme et éventuellement l'approuver."
Un traitement de la dette
Les autorités sur ces derniers mois, ont exploré plusieurs options pour alléger le fardeau de la dette, puisqu'il faut bien l'appeler ainsi. Parmi ces différentes options, celle aujourd'hui retenue et sur laquelle ils ont communiqué est celle d'un traitement de la dette, c'est-à-dire de discussions qu'ils vont engager avec leurs créanciers pour trouver une solution à ce fardeau de la dette. On a cité l'encours de la dette, mais il faut aussi peut-être rappeler qu'un quart des recettes fiscales est consacré au paiement des intérêts. Donc, ce sont autant de dépenses qui ne servent pas à financer des dépenses sociales prioritaires ou des investissements générateurs de croissance et d'emploi pour la population sénégalaise.
Sur la période 2019-2023, un certain nombre de décaissements n'ont pas été rapportés correctement dans les statistiques des finances publiques
Il révèle : "Il se trouve que sur la période 2019-2023, un certain nombre de décaissements n'ont pas été rapportés correctement dans les statistiques des finances publiques, pour diverses raisons, mais avant tout pour des raisons aussi institutionnelles. C'est la raison pour laquelle, avec les autorités, nous avons convenu d'un certain nombre de réformes qui doivent permettre d'éviter justement que ce type de situation ne se reproduise. Et pour vous donner un exemple, la consolidation de toutes les fonctions liées à la gestion de la dette au sein d'une seule Direction générale des financements et de la dette est une étape évidemment décisive, puisque jusqu'alors, les processus liés à la gestion de la dette étaient éclatés entre différents ministères, mais au sein même des ministères, entre différents services."