Le jour de son pot de départ à la retraite, un militaire tue son ami...
À l’ouverture des débats mardi dernier, A.K. Sarr (46 ans), le soldat d’élite qu’il fut jadis et ancien parachutiste, apparaît usé, le corps meurtri et l’esprit visiblement égaré. Accusé d’assassinat sur la personne de G. Goudiaby, son logeur et proche ami, il est jugé devant la barre du tribunal de Pikine-Guédiawaye. D’emblée, relate L'OBSERVATEUR, "le ton détonne : l’accusé s’exprime dans un jargon cru, heurté, souvent hors de propos, au mépris des rappels à l’ordre du président de la Cour."
Face aux magistrats, A.K. Sarr réfute toute préméditation. Il dit avoir simplement «neutralisé» celui qu’il considérait autrefois comme un frère, la victime G. Goudiaby devenu méconnaissable : fréquentations douteuses, soupçons de cambriolages répétés dans sa chambre durant ses absences au camp militaire de Thiaroye, tensions quotidiennes. À ces griefs, s’ajoutent, selon lui, de lourds soupçons d’attouchements sur sa fille mineure, mais aussi des querelles de voisinage apparemment banales, des cigarettes non partagées, une facture d’eau impayée, qui auraient fini par faire exploser une colère longtemps contenue.
Le film de l'assassinat
Le 19 juillet 2019, jour du drame, alors que son pot de départ à la retraite se préparait au camp, A.K. affirme avoir perdu pied. «Il a sorti un couteau, je me suis défendu. Je me suis senti comme dans une tranchée», lance-t-il. Mais la version livrée à la barre se heurte aux éléments de l’enquête. Le président rappelle que l’accusé n’était plus en activité au moment des faits. Surtout que ses premiers aveux étaient autrement plus lourds. A.K. Sarr avait reconnu avoir mis ses enfants à l’abri chez sa belle-mère avant de revenir sur les lieux, une lame de type «508» dissimulée dans sa poche pour surprendre G. Goudiaby.
Le rapport effarant de l'autopsie
L’autopsie, versée au dossier, décrit une violence extrême : hémorragies internes et externes, poumons perforés, abdomen ouvert. «Pourquoi l’avoir poignardé à plusieurs reprises alors que vous n’aviez aucune blessure», questionne le Juge. La réponse tombe, glaciale : l’ancien para dit avoir désarmé sa victime avant de «riposter». À l’entendre parler, il ne s’agissait que d’un combat de plus.
Le Procureur a requis une expertise médicale approfondie, regrettant l’absence de rapport psychiatrique au dossier. La défense, elle, plaide sans détour le Trouble de stress post-traumatique (Tspt). La Chambre criminelle a mis l’affaire en délibéré sur la demande d’expertise médicale. La décision est attendue le 3 février prochain.