Malika : traitée de « pute », une adolescente de 15 ans enchaînée et enfermée dans une salle de bains
Une adolescente victime de violences répétées
A. D. Diallo, âgée de 15 ans, vivait depuis environ deux ans dans un climat de violences au domicile familial. Son père, S. Diallo, commerçant âgé de 40 ans, lui reprocherait notamment ses fréquentations et ses sorties avec ses amies. À plusieurs reprises, il l’aurait insultée, la traitant notamment de « pute », avant de lui porter des coups. La jeune fille aurait également été attachée aux mains et aux pieds à l’aide d’une corde, puis enfermée dans la salle de bains pendant plusieurs jours.
Plusieurs tentatives de fuite
Face à ces violences présumées, la mineure aurait tenté à plusieurs reprises de quitter le domicile familial pour se mettre à l’abri. Elle aurait notamment trouvé refuge chez des connaissances, mais son père serait parvenu à la retrouver et à la ramener à la maison. Pour échapper à nouveau aux sévices, l’adolescente aurait fini par se rendre à Bène Barack, où elle aurait passé plusieurs jours dans la rue. Son père l’aurait ensuite retrouvée et ramenée au domicile familial. Une fois sur place, il lui aurait attaché le pied à l’aide d’une chaîne munie de trois cadenas avant de l’enfermer à nouveau dans la salle de bains.
Une évasion qui conduit la mineure à la gendarmerie
Profitant d’une absence momentanée de son père, A. D. Diallo serait parvenue à se libérer avant de se rendre chez une dame. Elle lui aurait demandé de l’accompagner à la gendarmerie, craignant d’être retrouvée par son père et de subir de nouvelles violences. À son arrivée à la Brigade de recherches de Keur Massar, la mineure était en larmes et éprouvait des difficultés à s’exprimer. Les enquêteurs auraient constaté qu’une chaîne munie de trois cadenas était toujours attachée à son pied droit. Des marques auraient également été relevées sur son bras droit, tandis que plusieurs cicatrices et anciennes blessures étaient visibles sur différentes parties de son corps, notamment une plaie à la tête.
Les déclarations de la mineure
Entendue par les enquêteurs, l’adolescente aurait déclaré subir depuis environ deux ans des coups, insultes et menaces de la part de son père. Elle aurait expliqué que ce dernier l’attachait régulièrement aux mains et aux pieds avant de l’enfermer dans la salle de bains pendant plusieurs jours. La jeune fille aurait également affirmé avoir tenté à plusieurs reprises de fuir, sans succès, son père la retrouvant et la ramenant de force au domicile. Lors de sa dernière tentative, alors qu’elle essayait de sortir par une fenêtre, son père lui aurait porté des coups à la tête et au visage. Selon ses déclarations, sa mère aurait parfois tenté de s’interposer, mais aurait elle-même été insultée et menacée par son mari.
Un certificat médical et une prise en charge
Dans le cadre de l’enquête, les gendarmes ont requis l’examen de la mineure par le médecin-chef du district sanitaire de Keur Massar. À l’issue de l’examen médical, un certificat faisant état d’une incapacité temporaire de travail de sept jours aurait été délivré. Les enquêteurs ont également saisi la directrice du service de l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO) de Keur Massar afin que les mesures de protection nécessaires puissent être prises en faveur de la mineure.
Le père interpellé et déféré
Après les déclarations de la jeune fille, les gendarmes se sont rendus au domicile familial pour interpeller S. Diallo. Le commerçant a été conduit à la brigade pour les besoins de l’enquête. Interrogé sur les faits, le père aurait reconnu avoir lui-même enchaîné sa fille afin de l’empêcher de fuguer. Il aurait expliqué son comportement par les fugues répétées de l’adolescente et par les fréquentations qu’il considérait comme nuisibles. Il aurait également reconnu lui avoir porté des coups lorsqu’elle tentait de s’échapper par la fenêtre de sa chambre. Il aurait toutefois affirmé qu’il s’agissait de la première fois qu’il utilisait une chaîne et des cadenas pour la retenir. Au terme de l’enquête, S. Diallo a été déféré devant le procureur Saliou Dicko, chef du parquet de Pikine-Guédiawaye. Il est poursuivi pour séquestration, violences volontaires et traitements inhumains et dégradants sur une mineure de 15 ans.