Mauvaise utilisation des plantes : un des premiers motifs d’hospitalisation en dermatologie
Au Sénégal, 80% de la population fait recours à la médecine traditionnelle. Pr Suzanne Oumou Niang, responsable des enseignements en dermatologie à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie (Fmpo) et chef de service de dermatologie de l’hôpital Aristide Le Dantec, alerte sur les risques majeurs de santé publique liés à l’utilisation non contrôlée des plantes. Dans un entretien avec L'OBS, elle revient sur l’usage abusif ou détourné des plantes et leurs réactions toxiques, irritatives et allergiques sur la peau, le cerveau, les reins, le foie.
En dermatologie, les plantes ont une action contre les infections, le grattage, la syphilis… Cependant, le mésusage en rapport avec les fortes doses absorbées, leurs mélanges complexes, le défaut d’identification dans la moitié des cas, la longue durée d’utilisation augmentent le risque toxique et allergique et mettent en jeu le pronostic vital des patients, alerte-t-elle. Il s’y ajoute , prévient-elle, l’automédication favorisée par la vente libre sans aucune phytovigilance, l’association avec des médicaments modernes, les diagnostics non encadrés, les indications imprécises et surtout la fragilité sanitaire des utilisateurs que ce soit les sujets allergiques, en baisse d’immunité, en état de grossesse…
Les principes actifs responsables des effets thérapeutiques sont aussi responsables des effets néfastes. Par exemple, le papayer ou carica papaye, la chymopapaïne potentiellement toxique, de même que l’enveloppe de anacardium occidentale ou noix de cajou cassia occidentalis, contient des dérivés anthracéniques et une toxalbumine Melaleuca ou arbre à thé, des dérivés terpéniques et est même abortive. "Des dizaines d’autres ont démontré leurs effets allergisants et irritants engendrant le déclenchement et l’aggravation de nombreuses dermatoses, comme l'eczéma, le psoriasis, le lichen plan, mais surtout les éruptions généralisées de bulles avec décollements cutanés. De véritables urgences qui peuvent créer des états de choc et des infections sévères", avise Pr Suzanne Oumou Niang.
La responsabilité de ces plantes est démontrée de manière aisée devant l’aggravation subite des dermatoses après absorption, mais plus scientifique est la démarche d’imputabilité par des critères et scores internationaux comme appliqués pour les médicaments modernes. Pour mieux conforter nos nombreux travaux de recherche dans ce domaine, nous avons créé des batteries de tests de plantes médicinales pour confirmer les allergies.
A l'en coire, de nombreux travaux de recherche ont aussi été effectués sur les plantes dans les départements de la Fmpo (Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie) et de la Fst (Faculté des sciences et techniques). Les principales complications sont les dermatoses inflammatoires déclenchées ou aggravées en particuliers les cas d’eczéma atopique ou de contact de psoriasis, de lichen plan, de toxidermie érythémateuse qui peuvent tous se généraliser et les décollements bulleux étendus.
Les cas dénombrés dans les hôpitaux ne constituent que la face visible de l’iceberg. De nombreuses personnes ne consultent pas du fait de l’éloignement géographique ou de l’insuffisance de personnel médical qualifié. En dermatologie, de nombreux travaux de recherches ont été pilotés et publiés dans des revues internationales. Des cas imputés ont été rapportés dans les réunions de pharmacovigilance. Ces effets néfastes des plantes constituent un des premiers motifs d’hospitalisation dans les services de dermatologie de Dakar, a-t-elle révélé.