Mendiants étrangers au Sénégal : ce que révèle une enquête de la Police
La mendicité au Sénégal est aujourd’hui exacerbée par la présence croissante d’une communauté étrangère vulnérable, venue principalement de pays voisins en proie à la pauvreté ou à l’instabilité. En 2023, une étude conjointe du ministère sénégalais de la Famille et de l’UNICEF estimait à plus de 100 000 le nombre de mendiants dans les principales villes sénégalaises, dont plus de 30 % seraient des ressortissants étrangers, en majorité originaires de Guinée, Mali, Niger et Nigeria.
Dans le cadre de la lutte contre une proportion inquiétante de la mendicité et l’occupation anarchique de la voie publique, la Police nationale a, sur instruction du ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé, déroulé une vaste opération de sécurisation, ponctuée par l’arrestation de centaines de mendiants, dont une pléthore de nourrissons.
Près de 800 mendiants, tous de nationalité nigérienne, recensés
Maître d’œuvre de ces opérations de sécurisation ponctuelles, le Commissaire central de Dakar, Mamadou Tendeng s’est appesanti, dans L'OBS, sur ce processus de retrait qui a connu un pic en décembre 2024. Il y a eu à l’époque, rappelle-t-il, de vastes opérations qui ont permis de retirer des trottoirs et autres quartiers flottants précaires, environs 800 mendiants, tous de nationalité nigérienne. Le rapatriement en masse qui a suivi a été mené avec le concours de l’Ambassade du Niger à Dakar. Les enquêtes de police menées avaient permis de comprendre qu’une bonne partie de ces mendiants sont victimes de réseaux criminels de traite de personnes qui les incitent à débarquer au Sénégal, sous prétexte que la mendicité nourrit son homme.
Les enquêtes révèlent l’exploitation d’enfants dont les parents vivent au pays
Toutefois, dès le premier trimestre de l’année 2025, un retour massif et progressif de ces mêmes mendiants est constaté. Cette fois, le processus d’identification et de retrait sera difficile, malgré des mises en demeure des chancelleries concernées. Pour le Sénégal, la question est d’autant plus complexe que ces groupes sont constitués de femmes, de nourrissons, d’adolescents, de personnes d’un âge avancé et de personnes à mobilité réduite. Plus grave encore, les enquêtes vont révéler l’exploitation d’enfants dont les parents vivent au pays. Mieux encore, l’écrasante majorité de ces groupes séjournent illégalement au Sénégal et sans aucun document d’identification.
Rappelons que la semaine dernière, des habitants de la Cité Enseignant de Colobane ont exprimé leur ras-le-bol, en déguerpissant, spontanément, les groupes de mendiants nigériens, des abris de fortunes insalubres, installés au pied de leur maison, de magasins et autres commerces. La police est intervenue pour sécuriser les déguerpis. Ensuite la police a ouvert une enquête pour situer les responsabilités et les investigations ont permis de savoir que la communauté en question est composée de sans-abris nigériens qui, toutes les nuits, débarquaient en masse sur les lieux.
Des couples de mendiants s’accouplaient sous les fenêtres de riverains...
La police a reçu plusieurs plaintes dans ce sens. Les enquêtes ont révélé des témoignages inédits. Un père de famille témoigne que des couples s’accouplaient sous les fenêtres de sa chambre et de celle de ses enfants dont le sommeil était souvent perturbé. Une autre résidente explique : «ces voisins intrus faisaient nuitamment leurs besoins naturels aux abords immédiats de sa maison, avec des bidons d’eau. Les excréments des enfants, contenus dans des pots de chambre, sont aussi constamment déversés sur le trottoir.» À cela, s’ajoute une situation d’insécurité traduite par cette forte présence nocturne d’inconnus. C’est tout ce cocktail insupportable qui a amené les populations à exprimer leur courroux.
Avec plus de 100 000 mendiants dont au moins un tiers sont des étrangers, ce phénomène soulève des enjeux de dignité humaine, de cohésion sociale et de responsabilité collective. Une réponse globale, régionale et coordonnée est indispensable pour apporter des solutions durables à ce fléau.