Une évaluation menée dans 16 pays africains
La Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN) a présenté, le 22 octobre à Dakar, les résultats de l’évaluation internationale des apprentissages PASEC2024. La rencontre s’est tenue avec la participation, notamment, des ministres de l’Éducation du Sénégal, de Djibouti, du Tchad, de São Tomé-et-Príncipe et du Bénin. Réalisée en 2025, la collecte des données a mobilisé 364 313 répondants, parmi lesquels des élèves, des enseignants, des directeurs d’école et des parents. Cette évaluation dresse le bilan d’une décennie d’évolution des apprentissages dans 16 pays d’Afrique subsaharienne et met en évidence des trajectoires différentes selon les niveaux scolaires, les disciplines et les pays.
Des progrès au début du primaire, mais des acquis fragiles
Les résultats font état d’une amélioration des compétences fondamentales au début du primaire. Entre 2014 et 2025, la proportion d’élèves n’atteignant pas le seuil minimal en lecture est passée de 71 % à 41 %. En mathématiques, elle a reculé de 47 % à 26 %. Cette progression ne se maintient toutefois pas jusqu’à la fin du cycle. En 2025, 62 % des élèves en fin de primaire n’atteignaient pas le seuil minimal en lecture, contre 75 % en mathématiques. Au collège, seuls 32,9 % des élèves atteignent le niveau minimal requis en lecture et 21,9 % en mathématiques. Ces données soulignent les difficultés des systèmes éducatifs à consolider les acquis au fil de la scolarité, particulièrement dans l’enseignement des mathématiques.
Moustapha Guirassy dénonce le faible impact des rapports
Réagissant aux résultats, le ministre sénégalais de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, a insisté sur la nécessité de mieux traduire les évaluations en mesures concrètes. « Je vois beaucoup de production de rapports et très peu d’impact dans la mise en œuvre des politiques nationales », a-t-il déclaré. Le ministre a également souligné que l’analyse des apprentissages ne pouvait se limiter à la lecture et aux mathématiques. « C’est bon de mesurer ces deux éléments, mais c’est plus complexe que ça », a-t-il affirmé. Ces déclarations mettent l’accent sur l’utilisation des données pour orienter les décisions publiques, adapter les réponses pédagogiques et mieux tenir compte des réalités du système éducatif.
Les enseignants et les inégalités au cœur des enjeux
L’évaluation relève également des écarts dans les compétences des enseignants. À l’échelle des pays participants, 42,9 % d’entre eux atteignent le niveau supérieur en compréhension de l’écrit, contre 21,3 % en mathématiques. Au Sénégal, ces proportions s’établissent respectivement à 72,6 % et 45,4 %. Le rapport met aussi en évidence des disparités entre les élèves des milieux urbains et ruraux, ainsi que des différences de performances selon le genre et le type d’établissement fréquenté. L’intégration d’une enquête auprès des parents permet par ailleurs d’élargir l’analyse aux facteurs familiaux et socio-économiques susceptibles d’influencer les apprentissages.
Transformer les résultats en actions
Créé en 1991 par la CONFEMEN, le Programme d’analyse des systèmes éducatifs (PASEC) vise à mesurer la qualité et l’équité des systèmes éducatifs afin d’éclairer les décisions publiques. Les résultats de PASEC2024 font ressortir plusieurs priorités : consolider les acquis dès les premières années de scolarité, renforcer l’enseignement des mathématiques, améliorer la formation des enseignants et réduire les inégalités scolaires. Pour les décideurs et les partenaires éducatifs, l’enjeu est désormais de tirer les enseignements de cette évaluation afin de mettre en œuvre des mesures susceptibles d’améliorer durablement les apprentissages en Afrique subsaharienne.