La reedition des comptes sous le régime Pastef est-elle un échec ? L'ex président de la Cour d’Appel de Kaolack, Ousmane Kane pense que oui. Dans un entretien avec L'OBS, le magistrat explique la multiplication des revers judiciaires enregistrés par l’État devant le Pool judiciaire financier, malgré l’ampleur des moyens mobilisés. Il délcare : "Je ne suis pas du tout surpris par les déconvenues judiciaires répétées de l’État dans les dossiers dits de la reddition des comptes. Rappelez-vous, dès le 25 octobre 2025, j’alertais, dans les colonnes de votre journal, sur les échecs inévitables à venir dans un article intitulé : «Reddition des comptes : l’État joue avec le feu»."
"Tous les dossiers ouverts en grande pompe se sont dégonflés avant même la fin de l’instruction"
Il ajoute : "Cependant, je suis impressionné par la rapidité avec laquelle cet échec est arrivé. En effet, tous ces dossiers ouverts en grande pompe se sont dégonflés avant même la fin de l’instruction. En comparaison, les dossiers de la défunte CREI (Cour de répression de l’enrichissement illicite, NDLR), ceux de Karim Wade et autres, étaient arrivés tout de même à la phase de jugement. Selon vous, ces échecs traduisent-ils principalement une faiblesse dans la constitution des dossiers d’accusation ou des insuffisances dans la stratégie judiciaire adoptée par l’État ? La raison de ces déconvenues est toute simple : l’objectif politique l’a emporté sur le respect strict des normes sacro-saintes qui dictent la conduite d’un procès pénal juste et équitable."
"On n'a pas visé des faits, mais plutôt des femmes et des hommes issus de l’ancien régime"
Il rembobine : "Avec la troisième alternance, et c’est le lieu de le regretter, ce ne sont pas des faits qui ont été fouillés, mais des responsables ; ça ne pouvait pas marcher.Pensez-vous que certaines procédures engagées devant le Pool judiciaire financier souffrent d’une précipitation ou d’un manque de rigueur juridique susceptible d’affaiblir la position de l’État devant les juges ? L’autre méprise grave commise par le pouvoir politique, à mon avis, c’est de penser qu’il suffit d’un rapport compromettant pour faire détenir quelqu’un, même si ce rapport n’a pas été dressé dans le respect des plus hauts standards exigés, et d’oublier ainsi qu’il ne saura jamais lier le juge en l’état actuel de nos lois."
L'exemple du dossier Mansour Faye
Le magistrat Kane poursuit : '"dans le dossier du riz et du ministre Mansour Faye, je n’arrive pas à comprendre qu’une surfacturation puisse être retenue dans une procédure d’appel d’offres publiques, surtout en urgence et dans des circonstances aussi graves et exceptionnelles que la période du Covid ; l’on peut ajouter dans ce dossier les déclarations de la ministre du Commerce de l’époque qui avait confirmé la régularité des prix. En la matière, sa parole vaut plus que toute autre tout de même"