Procès Keur Yeurmandé : cinq ans de prison ferme requis contre Ndella Madior Diouf
Après plusieurs renvois, le procès de Ndella Madior Diouf s’est tenu ce mardi devant la chambre criminelle de Dakar. La mise en cause a comparu aux côtés de son assistant Cheikh Tidiane Ndiaye et de l’animateur El Hadji Séne, tandis que plusieurs nounous, placées sous contrôle judiciaire, étaient absentes à l’audience. Poursuivie pour une série d’infractions, notamment traite de personnes, exercice illégal de la médecine, non-assistance à personne en danger, mise en danger de la vie d’autrui et homicide involontaire, la prévenue a contesté les faits qui lui sont reprochés.
Ses coaccusés sont, pour leur part, poursuivis pour complicité. À la barre, Ndella Madior Diouf est revenue sur la création de la pouponnière « Keur Yeurmandé », évoquant un engagement personnel né de son vécu. Elle a expliqué avoir accueilli de nombreuses mères en situation de détresse, notamment des jeunes filles confrontées à des grossesses non désirées, affirmant avoir ainsi pris en charge plusieurs dizaines d’enfants. Selon ses déclarations, la structure a rapidement été submergée par les demandes après une médiatisation de ses activités. Elle a également indiqué que certaines mères contribuaient financièrement à la prise en charge des enfants, à défaut de quoi ces derniers restaient sous la responsabilité de la pouponnière.
La prévenue a par ailleurs dénoncé ce qu’elle qualifie d’« attaque » contre sa structure, mettant en cause certaines institutions, dont l’Ordre des médecins, et évoquant un contexte de « sabotage ». Elle a rejeté les conclusions de rapports médicaux faisant état de défaillances dans la prise en charge des enfants, tout en contestant toute négligence de sa part. Concernant l’accusation d’exercice illégal de la médecine, elle a soutenu qu’en tant qu’étudiante en médecine, elle disposait de compétences lui permettant d’assurer certains actes. Elle a également attribué certains décès à des insuffisances dans le système de santé, notamment le manque de capacités d’accueil dans certaines structures hospitalières. Entendus à leur tour, ses coaccusés ont nié toute implication, affirmant ne pas être liés aux activités de la pouponnière.
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a rappelé que les circonstances personnelles ne sauraient justifier des actes contraires à la loi. Le ministère public a requis l’acquittement pour certains chefs, notamment la traite de personnes, faute de preuves suffisantes. En revanche, il a demandé une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme assortie d’une amende d’un million de francs CFA pour des infractions telles que l’exercice illégal de la médecine, l’homicide involontaire, la non-assistance à personne en danger et la mise en danger de la vie d’autrui. Pour les autres prévenus, une peine de trois mois d’emprisonnement ferme a été requise pour non-assistance à personne en danger. Le jugement a été mis en délibéré, en attendant la décision finale de la juridiction.