« Qui de mieux que Macky Sall pour l'ONU ? » : la phrase de Diomaye qui indigne les familles de victimes
Le soutien apporté par Bassirou Diomaye Faye à Macky Sall pour la tête de l'ONU ne passe pas partout. Le Collectif des familles de victimes de Macky Sall a dénoncé, vendredi, un « malaise » et demande au président Faye de ne pas « effacer la mémoire nationale » au nom de cette candidature.
À la tête de ce collectif, Boubacar Seye dénonce ce qu'il présente comme un revirement complet de Bassirou Diomaye Faye sur cette question. Interrogé au micro de la correspondante de RFI à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff, il explique que c'est la rupture entre ce soutien et le discours qui avait porté le changement politique de 2024 qui interpelle les victimes.
Trois associations de défense des victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024 ont adressé un communiqué commun. Elles y rappellent que les choix de politique internationale du Sénégal doivent s'inscrire dans le respect des engagements du pays en matière de droits humains et de lutte contre l'impunité, alors que les victimes demeurent, selon elles, toujours dans l'attente de vérité, de justice et de réparation. Pour Boubacar Seye, « une candidature internationale ne devrait pas effacer la mémoire nationale ».
Le contexte donne du poids à cette réaction. Elle intervient alors qu'au moins quatre personnes ont été inculpées ces derniers jours au Sénégal pour crime contre l'humanité ou complicité de ce crime. Il s’agit d’une première judiciaire pour des faits commis durant les troubles politiques qui avaient opposé Macky Sall à son opposant Ousmane Sonko et fait des dizaines de morts.
C'est dans ce contexte que la déclaration de Bassirou Diomaye Faye, ancien lieutenant d'Ousmane Sonko devenu président, a suscité l'incompréhension. Sur RFI et France 24, il avait affirmé : « Qui de mieux que Macky Sall pour défendre la place de l'Afrique à l'ONU ? ». Une déclaration que Boubacar Seye juge difficile à concilier avec le passé récent du pays. « Peut-on, au nom de la diplomatie, tourner aussi rapidement la page des questions » qui restent douloureuses pour la société sénégalaise, s'interroge-t-il, avant d'ajouter qu'« il faut expliquer aux victimes pourquoi hier, on leur demandait de croire à une rupture » et pourquoi on leur demande aujourd'hui d'accepter une telle réhabilitation.